Les Carossas : les fourmis travailleuses de la médina
Les carossas à Marrakech : petite vérité marrakchie
Vous savez ce qu’est un carrossa ? …toujours pas ? Alors asseyez‑vous, respirez, et laissez-moi vous raconter la vérité vraie, celle qu’on ne vous raconte jamais dans les brochures touristiques.

Vous, fier comme Ali-Artaban avec votre réservation dans un magnifique riad de la médina, vous décidez de jouer les aventuriers. « Le transfert aéroport ? Non merci, on va faire local ! » Et c’est précisément à ce moment-là que votre voyage bascule dans ce que j’appelle la grande tradition marrakchie, jamais dangereuse, mais parfois un peu pesante…
Déjà échauffé par la négociation musclée avec le taxi de l’aéroport (qui, rappelons-le, a toujours un cousin qui “fait meilleur prix”), vous voilà déposé à l’entrée d’une ruelle. Et là… Deux types se battent derrière la voiture. Enfin… se battent, c’est ce que vous croyez. En réalité, ils se disputent juste vos valises comme deux fourmis géantes qui auraient repéré une corne de gazelle ( oui, c’est une pâtisserie typiquement marocaine, blindée de sucre donc…) tombée du ciel.
Bienvenue dans le monde merveilleux des carossas, les porteurs de la médina. Toujours là. Toujours rapides. Toujours prêts. Toujours casse-b… et intéressés, mais indéniablement inévitables.
L’un d’eux deviendra votre bourreau. C’est lui qui vous suivra jusqu’à la porte du riad, qui vous collera comme un chewing-gum sous la babouche, et qui vous réclamera « le flouze » avec l’insistance d’un vendeur de tapis en fin de mois, et la subtilité d’un chameau dans un magasin de céramique fine de Safi .
Important : surtout, ne sortez pas la boîte à giffles. Même si l’envie vous traverse l’esprit. On reste civilisé, on respire, on sourit. Le sourire, c’est la monnaie universelle de la médina.
Comment gérer un carrossa sans perdre son calme
Option 1 : La technique du “porte-toi bien”
Vous arrivez devant le riad. Vous parlez, vous riez, vous faites durer, vous improvisez un sketch si nécessaire. Le but : gagner du temps jusqu’à ce que la porte s’ouvre. Dès que votre hôte apparaît : « C’est combien ? 20 dirhams. ? Tiens et merci !» Voilà. C’est réglé. Vous êtes sauvé.
Option 2 : La fuite stratégique
Vous filez à l’intérieur du riad comme si vous vouliez échapper à un contrôleur du fisc. Vous laissez votre hôte gérer. Il connaît la musique. Il a l’habitude. Il a même un doctorat en “gestion de carrossas”.
Option 3 : Le coup du paiement anticipé
Le porteur s’arrête avant le riad. Il sait très bien que le patron de la maison n’aime pas les négociations sauvages. Donc il vous bloque avant. Il réclame. Il insiste. Il joue la scène dramatique.
Là, c’est votre moment de solitude. Votre heure de gloire. Votre test de diplomatie.
Ne montrez rien. Dites que vous n’avez pas de monnaie. Et surtout, SURTOUT : museler votre femme, qui est prête à donner tout le budget du voyage pour avoir la paix.
Les carossas entre habitants : l’autre face de la médina
Et puis il faut dire la vérité vraie : les carossas, ce n’est pas seulement pour trimballer les valises des touristes fraîchement débarqués. Non, non. Dans la vie quotidienne de la médina, ce sont de véritables camions de livraison sur pattes.
Ils transportent tout :

- les stocks de babouches fraîchement cousues
- les tapis roulés comme des makis XXL
- les matériaux de construction (oui, même les sacs de ciment)
- les courses du marché
- les bouteilles de gaz qui pèsent la moitié d’un âne
- les colis entre commerçants
- les plateaux de gâteaux pour les mariages
- les cartons de menthe, de coriandre, de citrons…
et j’en passe !
Bref : si c’est lourd, encombrant, fragile ou improbable, c’est pour eux.
Dans la médina, tout passe par un carrossa. C’est le Uber, le DHL, le Chronopost, le déménageur, le livreur de gaz et le cousin serviable… mais en version humaine, rapide, et toujours prêt à négocier.
Où dormir pour éviter les galères de carossas ?
Si vous voulez éviter les négociations musclées dès l’arrivée, choisissez un riad facile d’accès, calme et central comme le Riad Mumtaz, une petite adresse élégante au cœur de la médina, avec un hôte qui vous parle directement, en vrai.
Les carossas, ce sont un peu les fourmis travailleuses de la médina : infatigables, rapides, indispensables… et parfois légèrement collantes. Mais sans eux, la médina ne tournerait pas rond.
Emmanuel.



















