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6
août 2026

Le Petit Marrakchi

Actualité, news et événements à Marrakech par Emmanuel

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100000$ au soleil : le jour où Belmondo et Ventura ont retourné Marrakech et le sud Marocain

Posté par Emmanuel le 3 août 2026 Ajouter 1 Commentaire

Cent mille dollars au soleil : Belmondo, Ventura et le Marrakech de 1963

« Quand je pense qu’on a failli avoir des mots… »

C’est la réplique qui tue. Elle arrive après l’une des plus belles bagarres du cinéma français, lorsque Jean-Paul Belmondo et Lino Ventura comprennent enfin qu’ils viennent de se faire escroquer par la jolie brune, Pepa, interprétée par Andréa Parisy.

Il fut un temps où l’on pouvait entrer dans le palais de la Bahia avec Belmondo, Ventura et l’intention manifeste de démolir tout le mobilier. C’était avant…

Aujourd’hui, on y déambule gentiment au milieu d’une horde de touristes qui, pour la plupart, ne connaissent même pas l’existence de ce joyau du septième art. Derrière un groupe compact, entre deux téléphones levés vers les plafonds en cèdre et le magnifique patio du palais de la Bahia, on ne se doute pas qu’en 1963, Henri Verneuil y installait ses caméras et laissait deux des plus belles gueules du cinéma français se distribuer une quantité de bourre-pifs difficilement compatible avec la préservation du patrimoine marocain.

Le film s’appelle Cent mille dollars au soleil.

Il sortira en 1964, après avoir été tourné au Maroc l’année précédente.

Et si tu ne l’as jamais vu, autant te prévenir immédiatement : tu vas y retrouver la grande époque du « rock’n’roll », celle des années Audiard, nous sortons juste du tournage des « Tontons flingueurs », ce chef-d’œuvre qui traverse le temps. Au soleil ? Jean-Paul Belmondo, Lino Ventura, Bernard Blier, Gert Fröbe, Andréa Parisy, les dialogues du même Michel Audiard, les camions Berliet et les pistes marocaines… sans que personne ne ressente le besoin d’ajouter un super-héros en collant pour remplir la salle.

Mais pour nous, Marrakchis d’adoption, le véritable trésor du film ne se trouve pas dans le camion que tout le monde poursuit.

Il est tout autour…

Dans une place Jemaa el-Fna couverte d’automobiles, dans le quartier des tanneurs, dans les vieux foundouks du Moukef, dans les murs de la Bahia et dans cette lumière marocaine que le cinéma des années soixante savait filmer sans lui appliquer pléthor de filtres « coucher de soleil oriental » ou une quantité illimitée d’effets matrixés.

Cent mille dollars au soleil, c’est un western, une poursuite, une histoire de fric et de trahison.

Mais c’est aussi, presque involontairement, une extraordinaire archive du Marrakech d’avant.

Personnellement, je ne peux pas m’empêcher de faire le parallèle entre chaque image du film et le Maroc que je connais depuis vingt ans. De Jemaa el-Fna à Aït-Ben-Haddou, des routes de l’Atlas aux pistes du Sud, le frisson m’envahit à chaque virage.

Et le tout est enveloppé par la plume de Michel Audiard, la cerise sur le gâteau.

Cent mille dollars au soleil : un western avec les chevaux…dans le Berliet !

Le pitch : ( non pas le gâteau…): Castigliano, un transporteur un peu barbouze installé dans le sud Marocain fait l’acquisition d’un Berliet flambant neuf pour un transport un peu spécial de « sacs de ciment ». Mais comme il n’a aucune confiance dans les chauffeurs de sa flotte, il embauche un américain ( Steiner ) pour la mission, ce qui n’a pas manqué d’attirer l’attention de Rocco ( Belmondo, Bébel pour les intimes ) qui décide alors de subtiliser le fameux Berliet, et sa cargaison.
Et là, début des embrouilles.

Michel Audiard s’est occupé des dialogues dont quelques unes des ses expressions font encore tordre de rire les adeptes de l’artiste écrivain, et de tout une génération, il faut bien l’admettre…

Donc, après une soirée sournoisement bien arrosée, Rocco s’empare du fameux camion tout neuf et fait route vers le sud ou il pense fourguer la cargaison. Castigliano, furieux, lance alors Marec à sa poursuite. Marec, c’est Lino Ventura. Le poète que vous connaissez…
Henri Verneuil transforme alors le Maroc en farwest.
Les chevaux sont remplacés par des Berliet. Les selles deviennent des cabines surchauffées. Les saloons prennent la forme de garages, de gargotes poussiéreuses et d’hôtels perdus le long de routes dont on ne sait jamais très bien où elles conduisent.

Ici, pas un revolver. Sauf Rocco. Pour les autres, pelle, clé à molette, un cric, bout de pare-chocs ou une envolée lyrique à la Audiard. Et dans ce domaine là, la phrase peut faire beaucoup plus de dégâts.
En fait, toute la force du film repose sur trois manières différentes d’occuper l’écran, l’espace.

Belmondo: c’est le mouvement. Il provoque, sourit et manigance avec arrogance, et cette assurance qui finira par lui jouer des tours.
Ventura: c’est le poids. Démarche de bloc de granit, fragilité comprise, pas la peine de chercher un tutu dans sa garde robe…
Blier: C’est le verbe. Mitch-Mitch ne tarit pas de taquineries maison à chaque dépannage tout au long du film, tel le poète bienfaiteur à qui tu payes ta contribution sans même qu’il ne te parle d’argent…tout en finesse !
Et derrière eux, Audiard recharge.
Chez lui, les hommes ne parlent pas de leurs émotions, ils les emballent dans une insulte, les dissimulent derrière une plaisanterie ou les expriment directement en projetant leur interlocuteur dans le mobilier environnant. La fameuse poésie.
On pourrait presque regarder le film les yeux fermés.
Il resterait bien les moteurs, les coups, la poussière et la musique de Georges Delerue, celle qui accompagne notre pépère Mitch, et ses mots dévastateurs. Mais ce serait tout de même dommage, car il y a…Marrakech, et Essaouira ( Mogador ).

Marrakech en 1963 : quand le film devient une archive

Lorsque l’action revient à Marrakech, il se produit quelque chose d’étrange pour celui qui connaît la ville. On cesse presque de suivre l’histoire. On regarde derrière les acteurs.

On examine les façades, les rues, les véhicules et les passants. On essaie de reconnaître ce qui existe encore et de comprendre ce qui a disparu.

Le film n’avait évidemment pas pour ambition de réaliser un documentaire sur le Marrakech des années 1960. Pourtant, plus de soixante ans après son tournage, chacune de ces scènes est devenue un document historique.

Henri Verneuil filmait une poursuite. Il enregistrait aussi une ville.

Belmondo dans le quartier des tanneurs

Avant de retrouver Jemaa el-Fna, le film nous offre quelques images encore plus rares. Belmondo réapparaît dans les ruelles du secteur des tanneurs, du côté de Bab Debbagh et aux portes du Moukef, ou Moukhef selon les différentes transcriptions. C’est un Marrakech populaire, industrieux et sans maquillage.
Le cuir, les hommes, les animaux et les marchandises semblent encore partager le même espace. Rien ne paraît avoir été déplacé, nettoyé ou réorganisé pour faciliter le passage d’une équipe de cinéma.

Verneuil pose sa caméra au milieu de la vie. Et cette vie continue.

Le quartier des tanneurs existe toujours. Les méthodes de travail ont évolué, les ruelles ont changé et les visiteurs s’y aventurent désormais accompagnés de guides plus ou moins officiellement autoproclamés. Mais l’odeur, elle, a conservé une remarquable fidélité historique, oui, ça pue ! Il y a des patrimoines qui se contemplent. Celui-là commence par envahir tes narines.

Le Moukef et les foundouks de Marrakech

À proximité des tanneries se trouve le Moukef, l’un des vieux quartiers populaires de la médina de Marrakech. Le secteur, comme les quartiers voisins de Ben Youssef, abritait autrefois de nombreux foundouks. Le foundouk, c’était en quelque sorte le motel de l’époque. Mais un motel pour caravanes.
On y entrait avec ses marchandises et ses bêtes de somme. La cour centrale permettait de décharger les mulets, les chevaux ou les dromadaires. Le rez-de-chaussée servait d’écurie, d’atelier et d’entrepôt, tandis que les chambres de l’étage accueillaient les marchands. Ils venaient des campagnes du Haouz, des vallées de l’Atlas, du Souss et des grandes routes commerciales reliant Marrakech au Sahara. On y dormait. On y négociait. On y stockait les marchandises. On y réparait probablement ce qui avait souffert pendant le voyage. Et, comme dans tous les motels du monde, on devait aussi y raconter quelques histoires dont personne n’était réellement en mesure de vérifier la moitié.
Les foundouks étaient à la fois les hôtels, les entrepôts, les relais routiers et les plateformes logistiques de leur époque. C’est par eux qu’entraient dans Marrakech les marchandises, les voyageurs, les nouvelles et les rumeurs venues de très loin. La médina n’était donc pas uniquement un immense souk. Elle constituait le terminus d’un réseau commercial reliant les campagnes du Haouz, les montagnes de l’Atlas, les vallées du Sud marocain et, au-delà, les routes transsahariennes. Aujourd’hui, le quartier a changé, mais l’esprit subsiste encore dans quelques lieux emblématiques, comme le restaurant Le Foundouk, qui perpétue à sa manière l’âme de ces anciennes maisons-caravanes.

En faisant traverser ce quartier à Belmondo, Henri Verneuil pensait probablement filmer une transition entre deux scènes. Il enregistrait en réalité les dernières images d’un Marrakech encore profondément organisé autour des caravanes, de l’artisanat et du commerce traditionnel. Un monde qui, en 1963, n’avait pas encore tout à fait disparu.

À cette époque, un riad n’était pas un hôtel

Et puis il y avait les riads.
Ou plutôt, il y avait ces grandes maisons silencieuses derrière lesquelles on passait sans savoir exactement ce qu’elles dissimulaient. Dans le Marrakech de 1963, le riad à Marrakech n’évoquait pas encore une catégorie d’hébergement touristique, une piscine photographiée depuis une coursive ou un petit-déjeuner disposé avec une précision militaire autour d’un bassin.
Un riad était d’abord une maison.
Une vraie maison de famille, organisée autour d’une cour ( un patio ) ou d’un jardin intérieur. Plusieurs générations pouvaient y vivre. On y recevait les proches, on y élevait les enfants, on y cuisinait, on y travaillait parfois et l’on s’y protégeait du bruit, de la chaleur et des regards extérieurs.

Depuis la rue, la façade ne disait presque rien. J’ai toujours aimé ce moment avant d’ouvrir difficilement une porte qui tient à peine debout, et qui laisse soudainement passer une scène surréaliste de beauté, de paisibilité et de bien-être…Le frisson, dans le silence. Pas de grandes fenêtres ouvertes sur le passage. Pas d’enseigne lumineuse. Pas de réception, de spa ni de panneau indiquant qu’un rooftop panoramique se trouvait à l’étage. Le luxe, lorsqu’il existait, regardait vers l’intérieur. Il se trouvait dans la fraîcheur du patio, le murmure d’une fontaine, l’ombre d’un oranger, les zelliges, les plafonds peints et l’épaisseur des murs.
Le riad n’était pas conçu pour être montré.
Il était conçu pour être habité.

C’est principalement à partir de la fin des années 1990 que de nombreuses maisons traditionnelles de la médina ont été restaurées et transformées en maisons d’hôtes. Le mot « riad » est alors progressivement devenu, dans l’esprit des voyageurs, le nom d’une expérience hôtelière typiquement marrakchie.

Cette transformation a sauvé beaucoup de bâtiments qui menaçaient ruine. Elle a redonné du travail aux mâalems, aux artisans en tout genre, du zellige, du bois sculpté, du tadelakt et du plâtre ciselé, du tataoui, du zouac…Mais elle a également changé peu à peu toute la médina, et son rythme.

Pour toute l’équipe de Verneuil, Cent mille dollars au soleil n’est pas seulement une poursuite entre deux camions Berliet. C’est un morceau de mémoire. Un instantané d’un Maroc qui n’existe plus tout à fait, mais dont chaque plan continue de vibrer.

Belmondo et Ventura n’ont pas seulement traversé Marrakech. Ils l’ont capturée. Ils l’ont figée dans une pellicule qui, soixante ans plus tard, nous permet encore de marcher dans leurs pas, de reconnaître un angle de rue, un foundouk disparu, une lumière qui n’a pas changé.

Regarder Cent mille dollars au soleil aujourd’hui, c’est accepter une étrange sensation : celle de voir un pays se transformer sous nos yeux, tout en restant fidèle à lui-même. Les riads sont devenus des maisons d’hôtes, les foundouks des souvenirs, les pistes du Sud des routes mieux tracées. Mais l’esprit, lui, n’a pas bougé. Il flotte encore dans la poussière, dans les regards, dans cette manière qu’a le Maroc de mêler le chaos et la beauté. Et pour nous, Européens, ce tourbillon donne parfois l’impression d’une liberté que nos pays ont oubliée.

Alors oui, Belmondo et Ventura ont retourné Marrakech et le Sud marocain.
Mais sans le savoir, ils ont aussi offert au Maroc l’un de ses plus beaux témoignages : celui d’une vibration ancienne, intacte, indomptable.
Un western sans chevaux, un road‑movie sans GPS, une archive sans prétention.
Un film qui, comme la ville, ne vieillit jamais vraiment.


Emmanuel

Les Carossas : les fourmis travailleuses de la médina

Posté par Emmanuel le 20 mai 2026 Ajouter 1 Commentaire

Les carossas à Marrakech : petite vérité marrakchie

Vous savez ce qu’est un carrossa ? …toujours pas ? Alors asseyez‑vous, respirez, et laissez-moi vous raconter la vérité vraie, celle qu’on ne vous raconte jamais dans les brochures touristiques.

Mohamed: Carossa à Marrakech, Bab Mellah dans le quartier de Riad Zitoun Lakdim - Médina

Vous, fier comme Ali-Artaban avec votre réservation dans un magnifique riad de la médina, vous décidez de jouer les aventuriers. « Le transfert aéroport ? Non merci, on va faire local ! » Et c’est précisément à ce moment-là que votre voyage bascule dans ce que j’appelle la grande tradition marrakchie, jamais dangereuse, mais parfois un peu pesante…

Déjà échauffé par la négociation musclée avec le taxi de l’aéroport (qui, rappelons-le, a toujours un cousin qui “fait meilleur prix”), vous voilà déposé à l’entrée d’une ruelle. Et là… Deux types se battent derrière la voiture. Enfin… se battent, c’est ce que vous croyez. En réalité, ils se disputent juste vos valises comme deux fourmis géantes qui auraient repéré une corne de gazelle ( oui, c’est une pâtisserie typiquement marocaine, blindée de sucre donc…) tombée du ciel.

Bienvenue dans le monde merveilleux des carossas, les porteurs de la médina. Toujours là. Toujours rapides. Toujours prêts. Toujours casse-b… et intéressés, mais indéniablement inévitables.

L’un d’eux deviendra votre bourreau. C’est lui qui vous suivra jusqu’à la porte du riad, qui vous collera comme un chewing-gum sous la babouche, et qui vous réclamera « le flouze » avec l’insistance d’un vendeur de tapis en fin de mois, et la subtilité d’un chameau dans un magasin de céramique fine de Safi .

Important : surtout, ne sortez pas la boîte à giffles. Même si l’envie vous traverse l’esprit. On reste civilisé, on respire, on sourit. Le sourire, c’est la monnaie universelle de la médina.

Comment gérer un carrossa sans perdre son calme

Option 1 : La technique du “porte-toi bien”

Vous arrivez devant le riad. Vous parlez, vous riez, vous faites durer, vous improvisez un sketch si nécessaire. Le but : gagner du temps jusqu’à ce que la porte s’ouvre. Dès que votre hôte apparaît : « C’est combien ?  20 dirhams. ? Tiens et merci !» Voilà. C’est réglé. Vous êtes sauvé.

Option 2 : La fuite stratégique

Vous filez à l’intérieur du riad comme si vous vouliez échapper à un contrôleur du fisc. Vous laissez votre hôte gérer. Il connaît la musique. Il a l’habitude. Il a même un doctorat en “gestion de carrossas”.

Option 3 : Le coup du paiement anticipé

Le porteur s’arrête avant le riad. Il sait très bien que le patron de la maison n’aime pas les négociations sauvages. Donc il vous bloque avant. Il réclame. Il insiste. Il joue la scène dramatique.

Là, c’est votre moment de solitude. Votre heure de gloire. Votre test de diplomatie.

Ne montrez rien. Dites que vous n’avez pas de monnaie. Et surtout, SURTOUT : museler votre femme, qui est prête à donner tout le budget du voyage pour avoir la paix.

Les carossas entre habitants : l’autre face de la médina

Et puis il faut dire la vérité vraie : les carossas, ce n’est pas seulement pour trimballer les valises des touristes fraîchement débarqués. Non, non. Dans la vie quotidienne de la médina, ce sont de véritables camions de livraison sur pattes.

Ils transportent tout :

Boudheli : un des porteurs de la médina de Marrakech depuis près de 30 ans.
  • les stocks de babouches fraîchement cousues
  • les tapis roulés comme des makis XXL
  • les matériaux de construction (oui, même les sacs de ciment)
  • les courses du marché
  • les bouteilles de gaz qui pèsent la moitié d’un âne
  • les colis entre commerçants
  • les plateaux de gâteaux pour les mariages
  • les cartons de menthe, de coriandre, de citrons…
    et j’en passe !

Bref : si c’est lourd, encombrant, fragile ou improbable, c’est pour eux.

Dans la médina, tout passe par un carrossa. C’est le Uber, le DHL, le Chronopost, le déménageur, le livreur de gaz et le cousin serviable… mais en version humaine, rapide, et toujours prêt à négocier.

Où dormir pour éviter les galères de carossas ?

Si vous voulez éviter les négociations musclées dès l’arrivée, choisissez un riad facile d’accès, calme et central comme le Riad Mumtaz, une petite adresse élégante au cœur de la médina, avec un hôte qui vous parle directement, en vrai.

Les carossas, ce sont un peu les fourmis travailleuses de la médina : infatigables, rapides, indispensables… et parfois légèrement collantes. Mais sans eux, la médina ne tournerait pas rond.

Emmanuel.

Négocier un tapis dans les souks : le casse‑tête berbère !

Posté par Emmanuel le 18 avril 2026 Ajouter 1 Commentaire

Après un petit‑déjeuner d’Efrits, sorte de Gargantua version monde arabe, préparé par Saïda, la maman de tout le monde au Riad Mumtaz, me voilà fin prêt pour affronter les guerriers berbères des souks, non mais ! Enfin… c’est ce que je croyais.

Ce matin, j’ai une mission : acheter un tapis. Un vrai. Un kilim, un tissé main en laine venu des montagnes, un Mrirt, bref… le genre de pièce qui tu ramènes à la maison avec la fierté du négociateur qui vient de vendre du sable aux autorités Sahariennes. Tes amis vont pas en croire leurs yeux. “Oui, ça a été chaud, mais avec ma technique de pro sortant de HEC, il a bien compris qui j’étais, et je suis fier. »

Sauf que tu vas vite comprendre que débarquer dans un souk avec un esprit guerrier en pensant faire monter la tension du petit bonhomme au-dessus de 3, c’est compliqué… heu… inutile aussi, voire même contre‑productif. Et oui, tu ne vas pas à la guerre. Le vendeur n’est pas Youssef Ibn Tachfin, et tu n’es pas Alphonse VI de Castille. Et heureusement pour toi, car en 1086, à la bataille d’Al‑Zallaga, c’est le chef des Almoravides qui remporta l’escarmouche.

Non, en réalité, tu vas chez le psy. Dans son théâtre. Dans son antre. Dans son empire du calme, de la stratégie, du thé à la menthe, et du tapis, accessoirement. Et lui, il t’a déjà analysé avant même que tu n’aies posé ta babouche sur le kilim à l’entrée.


La psychologie berbère : l’art de te lire avant même que tu parles

Ce que tu dois bien comprendre, et qu’aucun guide touristique ne t’expliquera, c’est que le vendeur berbère n’est pas un simple commerçant. C’est un malin le bougre, un psychologue, un stratège, un acteur, un anthropologue, et parfois même, un magicien.

Il en a vu passer du touriste, et son petit rictus accueillant signifie également qu’il est déjà en train de dépouiller ton portefeuille. Tu es comme un mouton qui gambade heureux sur les plateaux de l’Atlas, et que l’on rentre sournoisement à la maison la veille de l’Aïd El Kébir…

Il t’a déjà classé dans une catégorie : acheteur sérieux, curieux, hésitant, impulsif, romantique, radin, généreux, ou juste perdu. Il sait si tu vas craquer, ou pas…

Et surtout : il lit ton visage comme un livre ouvert.

Il t’accoste avec une petite blague, le test classique pour savoir d’où vient ce short ridicule avec sa virgule qui ne ressemble à rien, car évidemment, seule la Djellaba est un habit digne de ce nom, ignare que tu es ! Une fois ta nationalité connue, l’anecdote et l’étalage du savoir :

« Français ? Ah, la Tour Eiffel, Zizou, Mbappé… Mbappé, Walla, y court plus vite que les gazelles du Sahara… » Tu ris. Tu es détendu.
Tu es à feu doux. Il a calibré ton niveau de résistance. La séance peut commencer.


La grande scène du dépliage : le tapis n°23

Tu crois encore que tu vas “regarder deux ou trois modèles”. Non. Tu entres dans un rituel ancestral. Le vendeur t’invite à t’asseoir. Toujours. Parce qu’un client assis est un client qui reste. Premier tapis. Deuxième. Troisième. Tu hoches la tête. Tu fais semblant de comparer. Lui, il observe. Son assistant déplie frénétiquement les œuvres d’art. Quatrième. Cinquième… Tu commences à te dire que tu vas devoir appeler Saïda pour qu’elle t’envoie le tajine. Septième. Huitième…Ton regard fatigue. Lui, jamais.

Et puis arrive le moment clé. Le 23ème tapis. Pas le 22. Pas le 24. Le 23.

Celui où, malgré toi, tu laisses filer la petite émotion, la traîtresse. La pupille s’est dilatée. Madame te fait des signes aussi discrets que le chameau qui rentre au Foundouk après 8 jours de Sahara…Tes babouches se figent. Un “hmm” microscopique s’échappe de ton âme.
Tu entres en légère ébullition.

C’est à ce moment précis que le thé arrive. Toujours. Le thé à la menthe, c’est le “checkmate” du souk. Tu ne peux plus partir. Il ne parle toujours pas d’argent. Jamais. Il te parle :

  • de la laine
  • du temps de fabrication
  • des montagnes
  • des femmes qui l’ont tissé
  • de la tradition
  • de la baraka
  • de la beauté
  • de l’histoire

Tu es captivé. Tu bois ton thé. Tu hoches la tête. Tu es cuit.


La négociation : dignité, patience et ego

Beaucoup pensent que la négociation, c’est une bataille de prix. Non. La négociation berbère, c’est une danse. Un jeu d’équilibre. Une question de dignité. Une bataille contre toi-même. Le vendeur peut baisser le prix. Il peut discuter. Il peut sourire. Mais il n’acceptera jamais que tu touches à sa dignité. Tu sens la culpabilité monter. Le fameux : “je ne veux pas le vexer”, “je ne veux pas manquer de respect”, “je ne veux pas être ce touriste-là”. C’est normal. Et lui, il le sait. Il a l’odorat émotionnel d’un fennec.

Mais rappelle-toi : si tu pars avec le tapis, c’est qu’il a gagné de l’argent. Toujours. Le berbère est beaucoup de choses, mais certainement pas philanthrope. La bonne négociation, c’est celle où vous souriez tous les deux. Lui, parce qu’il a fait une marge correcte. Toi, parce que tu as divisé le prix par deux. Et soyons honnêtes : c’est plus jouissif que n’importe quelle substance venue des montagnes du Rif.


Les règles d’or pour ne pas se faire plier comme un tapis

  • Ne montre jamais trop d’enthousiasme.
  • Ne commence jamais trop bas, ou si tu le fais, tu l’accompagnes de gros rires bien lourds.
  • Ne te presse jamais. Toi aussi, teste-le !
  • Ne te sens jamais coupable.
  • Attends le sourire. C’est le signal. Le vrai.

Le tapis, la dignité et toi

Acheter un tapis dans les souks de Marrakech, ce n’est pas une transaction. C’est une expérience. Un rite initiatique. Une séance de psy où tu découvres que tu es plus émotif que tu ne le pensais, plus impatient que tu ne le croyais, et plus fier que tu ne l’avoueras jamais. Le vendeur berbère, lui, a joué son rôle à la perfection. Il t’a observé, testé, charmé, déstabilisé, rassuré. Il t’a amené au tapis n°23 comme un chef d’orchestre amène son public au crescendo final.

Et toi, tu repars avec un tapis magnifique, une histoire à raconter, et un ego qui flotte à deux mètres du sol.

Tu as joué le jeu. Tu as respecté la dignité. Tu as vécu Marrakech comme il faut la vivre : avec humour, patience, et un thé à la menthe.
Courage mon cousin, ça va le faire 😉
Emmanuel

Taxi à Marrakech: dépouillage tout en souplesse…

Posté par Emmanuel le 17 mars 2026 Ajouter 1 Commentaire
taxi marrakech
Taxi à Marrakech

…ou comment éviter de se faire plumer, sourir aux lèvres…
Vous avez déjà pris un taxi à Marrakech ? Alors vous savez. Pour les autres… installez-vous, je vous explique. Et promis : ce n’est jamais dangereux, juste parfois… folklorique. Marrakech, c’est un peu comme un film interactif : vous êtes le héros, et le taxi est souvent la première scène.

Et c’est précisément à ce moment-là que vous regrettez d’avoir refusé le transfert privé proposé par votre riad, juste pour “faire local” devant madame. Mauvais calcul. Mais rassurez-vous : vous n’êtes pas le premier, et certainement pas le dernier.

🚗 Les taxis en 2026 : petit rappel utile

À Marrakech, il existe toujours deux espèces bien distinctes :

1. Les petits taxis

Les fameux beige-jaune-crème (la couleur exacte reste un débat national). Ils sont petits, souvent vintage, parfois héroïques.

  • Ils ne sortent pas de Marrakech.
  • Maximum 3 passagers.
  • Ils ont obligatoirement un compteur.
  • La prise en charge reste dérisoire.
  • Pas de supplément bagage (officiellement).
  • Et oui, leur compteur peut gérer plusieurs courses en même temps. Ne cherchez pas à comprendre.

2. Les grands taxis

Les Mercedes increvables, génération “avant l’invention du plastique” est désormais remplacé…apr le plastique. Cela dit y’a que ça qui a changé :

  • Toujours pas de compteur.
  • Très utilisés par les locaux pour les trajets interquartiers.
  • Fonctionnement collectif : on monte, on attend que ça se remplisse, on part.
  • Vous pouvez les privatiser… mais préparez votre portefeuille.
  • Un trajet complet en collectif coûte quelques dirhams. En privé, c’est une autre galaxie.

🎯 Comment prendre un taxi en ville sans se faire avoir

Quelques règles simples, testées et approuvées :

1. Ne prenez pas un taxi devant un lieu touristique

Ils se connaissent tous, ils se parlent, et vous n’aurez aucune marge de négociation. Marchez 50 mètres, attrapez-en un au vol. Ils sont partout.

2. S’il refuse le compteur : négociez, mais intelligemment

Restez ferme, mais zen. On parle de 1 ou 2 dirhams, pas d’un héritage. Si ça bloque : on sourit, on ferme la porte (doucement, surtout si madame a les doigts dedans), et on passe au suivant.

3. S’il refuse de vous prendre

Ne le prenez pas personnellement. Ce n’est pas votre tête : c’est juste qu’il ne va pas dans votre direction.

✈️ Prendre un taxi à l’aéroport en 2026

Là, c’est une autre histoire car les prix fixés par les autorités et normalement appliqués par un coordinateur officiel tournent parfois au vinaigre. Traduction : négocier est devenu compliqué, mais possible !

Pour un premier séjour, surtout si vous logez dans la médina, je recommande toujours le transfert proposé par votre hôte. Entre 15 et 20 euros, livré devant la porte, sans stress. Et croyez-moi : arriver dans la médina sans devoir à chercher votre Riad, c’est un luxe.

🏜️ Centre-ville → Aéroport / Palmeraie

Ces trajets ont un tarif spécial :

  • 70 dhs pour un petit taxi
  • 200 dhs pour un grand taxi

Pas plus. Sauf si vous ne dites rien, évidemment.

Taxi à Marrakech

🐦 Le vrai problème en 2026

Les taxis préfèrent parfois attendre “le bon touriste” plutôt que de prendre un local. Résultat : même les Marrakchis galèrent à trouver un taxi. Les autorités ont dû rappeler à l’ordre les chauffeurs les plus… sélectifs.

🎉 Conclusion : Ne paniquez pas, c’est Marrakech, mais c’est la même histoire à Bangkok. C’est vivant, c’est drôle, c’est parfois agaçant, mais ça fait partie du charme. Et souvenez-vous : vous êtes en vacances. Prenez ça comme une mini-aventure, un rite initiatique. Et surtout : gardez le sourire, ça marche toujours mieux qu’un compteur.

Bon Voyage.

Emmanuel

À propos du Petit Marrakchi

Photo de l’auteur du Petit Marrakchi

Le Petit Marrakchi ( oui c'est moi...) suit l’actualité de près, parfois trop près... Ici, on parle d’événements, de news, de ce qui bouge, et parfois de ce qui ne bouge pas, mais pas exprès... On vérifie, on raconte, on sourit, enfin normalement, et on râle un peu. Si vous avez une info, une rumeur solide, un scoop improbable ou 500dirhams écrivez‑nous. Promis, on lit tout, même les messages envoyés après minuit. Ensemble, partageons une information locale, vivante et éclairée...et plus si affinité !

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