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septembre 2026

Le Petit Marrakchi

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🕌 – La médina de Marrakech : mille ans d’histoire, de remparts et de ruelles qui font tourner la tête.

Posté par Emmanuel le 19 août 2026 Ajouter 1 Commentaire

La médina de Marrakech n’est pas seulement un quartier : c’est une ville dans la ville, un organisme vivant qui respire, grince, chante, et qui aujourd’hui klaxonne un peu, il faut être honnête. Un autre monde. Une autre planète entourée de remparts, traversée de ruelles, animée par des artisans, des chats philosophes, des conteurs, des odeurs de cuir, de menthe, de bois, de poussière, d’épices, de vie. La médina de Marrakech est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, un classement qui reconnaît officiellement la valeur historique, urbaine et culturelle de ce labyrinthe millénaire. Pour ceux qui veulent un complément plus institutionnel de ce classement, la fiche dédiée à Marrakech sur le site de l’UNESCO détaille ce périmètre exceptionnel et son importance dans l’histoire de la ville.

Pour comprendre ce labyrinthe, il faut remonter à la première pierre, ou plutôt au premier tas de pisé posé par les Almoravides en 1062. Depuis, chaque dynastie a laissé sa couche : un palais ici, une mosquée là, un souk qui s’étire, un rempart qui se déplace, un jardin qui devient un quartier… et un quartier qui garde le nom du jardin disparu. Un mille-feuilles historique. Marrakech, quoi.

📑 – La grande histoire : des Almoravides aux Alaouites

Pour comprendre la médina de Marrakech, il faut oublier un instant les souks, les terrasses et les vendeurs de babouches. La ville que l’on traverse aujourd’hui est le résultat de presque mille ans de constructions, de destructions, de changements de pouvoir et de renaissances. Chaque dynastie a repris Marrakech à la précédente, parfois avec délicatesse, parfois beaucoup moins, et chacune a laissé quelque chose derrière elle. Une muraille, une mosquée, un palais, un quartier, un jardin ou simplement une nouvelle manière d’organiser la ville.

Tout commence autour de 1070, quand celui qui deviendra le premier Émir souverain des musulmans et chef des Almoravides Youssef Ben Tachfine, choisit la plaine du Haouz pour installer une nouvelle capitale au pied de l’Atlas. À l’origine, Marrakech est encore bien loin de l’immense ville que nous connaissons : un camp fortifié qui devient progressivement un centre politique, religieux et commercial. Sous leur domination, la ville s’organise. L’eau est amenée et distribuée, les marchés se développent, les premières grandes mosquées apparaissent et, au début du XIle siècle, Marrakech s’entoure de remparts. Le dessin général de la médina commence à prendre forme. Mille ans plus tard, ces murailles constituent toujours la frontière la plus évidente entre la vieille ville et Marrakech.

Qui étaient les Almoravides ?

Les Almoravides sont issus principalement de populations berbères sanhaja du Sahara occidental. À partir du XIe siècle, leur mouvement religieux et militaire se transforme en un véritable empire reliant les routes sahariennes,
le Maroc et une partie de la péninsule Ibérique.

À leur tête se trouve un émir. Leur pouvoir s’appuie autant sur une discipline religieuse rigoureuse que sur la maîtrise des routes commerciales. Marrakech devient le centre politique de cet ensemble immense et une charnière entre l’Afrique subsaharienne, le Maghreb et Al-Andalus.

En 1147, changement d’ambiance. Les Almohades prennent Marrakech aux Almoravides. Les nouveaux maîtres de la ville veulent marquer leur rupture avec leurs prédécesseurs et entreprennent de la remodeler.

La Koutoubia s’élève près de Jemaa el-Fna, une nouvelle kasbah royale est créée au sud de la médina, Bab Agnaou en contrôle l’une des entrées et de grands jardins sont aménagés, notamment du côté de la Ménara.

Marrakech n’est plus seulement une capitale : elle devient une vitrine du pouvoir. Son influence
s’étend alors très largement au Maghreb et jusqu’en Andalousie.

Qui étaient les Almohades ?

Le mouvement almohade naît dans les montagnes de l’Atlas autour d’Ibn Toumert et s’appuie notamment sur des tribus berbères Masmouda. Son nom renvoie à l’affirmation de l’unicité de Dieu, le Tawhid, placée au cœur de sa doctrine.

Après Ibn Toumert, Abd al-Moumin transforme ce mouvement religieux en une formidable puissance politique et militaire. L’empire almohade finit par englober une grande partie du Maghreb et de l’Espagne musulmane.

À la fin du XIIIe siècle, les Mérinides prennent à leur tour le contrôle de Marrakech. Mais ils choisissent Fès comme centre principal du pouvoir. Pour Marrakech, c’est une période beaucoup moins flamboyante.
La ville ne disparaît évidemment pas. Ses souks continuent de travailler, ses quartiers vivent, les échanges commerciaux se poursuivent et certains établissements religieux sont développés. Mais Marrakech n’est plus la capitale impériale qui commandait autrefois un territoire allant jusqu’à l’Espagne musulmane.
Cette relative mise en sommeil aura finalement un avantage : lorsque Marrakech retrouve le devant de la scène au XVIe siècle, une nouvelle dynastie dispose d’un formidable terrain pour la transformer.

Qui étaient les Mérinides ?

Les Mérinides sont une dynastie berbère zénète. Leur pouvoir se développe principalement dans le nord du Maroc,
avec Fès comme grand centre politique et intellectuel.

Leur époque est notamment marquée par le développement des médersas, des institutions religieuses et des grands centres d’enseignement. Marrakech demeure importante, mais n’occupe plus le premier rôle.

Avec les Saadiens, Marrakech reprend brutalement des couleurs. La ville redevient capitale et retrouve une place centrale dans le royaume.

C’est une période particulièrement spectaculaire pour la médina. Le palais El Badi est édifié, la médersa Ben Youssef prend sa forme monumentale, les tombeaux saadiens deviennent la nécropole de la dynastie et le Mellah est établi à proximité du palais royal.

Sous Ahmed al-Mansour, les richesses provenant notamment du commerce saharien et des relations avec l’Afrique occidentale alimentent une cour particulièrement fastueuse. Marrakech redevient une capitale que l’on veut montrer.

Qui étaient les Saadiens ?

Les Saadiens sont une dynastie chérifienne apparue dans le sud du Maroc, notamment dans la région du Drâa.
Ils revendiquent une ascendance liée au prophète Mahomet, ce qui renforce leur légitimité religieuse.

Leur ascension accompagne également la résistance marocaine face à l’expansion portugaise sur les côtes.
Leur puissance atteint son apogée à la fin du XVIe siècle.

À partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, les Alaouites prennent progressivement le contrôle du Maroc. Marrakech perd à nouveau son statut permanent de capitale, mais certainement pas son importance.

Les souverains Alaouïtes restaurent, transforment et réutilisent une ville héritée de six siècles de pouvoir dynastique. Marrakech reste une capitale du Sud, un centre commercial majeur et une ville royale, même lorsque le centre du pouvoir se trouve ailleurs.

Puis vient le XXe siècle. La ville sort franchement de ses murs. Guéliz apparaît, puis l’Hivernage, de nouveaux quartiers résidentiels et populaires se développent et Marrakech devient peu à peu l’agglomération que nous connaissons aujourd’hui.

Qui sont les Alaouïtes ?

Originaires du Tafilalet, dans le sud-est du Maroc, les Alaouites sont eux aussi une dynastie chérifienne. Ils s’imposent au XVIIe siècle et réunifient progressivement le royaume.

C’est toujours la dynastie régnante du Maroc. À Marrakech, son histoire se lit moins dans la création d’une nouvelle médina que dans la continuité et l’adaptation d’une ville déjà plusieurs fois centenaire.

🕌 – Jemaa el-Fna : le cœur battant de la médina.

Place Jemaa el-Fna au coucher du soleil, animée par la foule et les food stalls, avec la Koutoubia en arrière-plan.

Il y a dans la médina un lieu qui n’est pas seulement une place : c’est un cœur, un poumon, un axe vital. Jemaa el-Fna n’est pas un espace, c’est un souffle. Tout converge vers elle, tout repart d’elle. Les ruelles, les souks, les quartiers, les flux, les histoires, les odeurs, les voix : tout finit par se croiser ici, comme si la médina avait besoin de ce grand vide pour respirer.

La place naît avec les Almoravides, au XIᵉ siècle, lorsque Marrakech devient capitale. À l’époque, ce vaste espace ouvert sert de lieu de rassemblement, de marché, de justice publique. Les Almohades, puis les Saadiens, la conservent comme un centre civique et militaire, un point de contrôle entre la kasbah royale et la ville populaire. Jemaa el-Fna n’a jamais été un décor : elle a toujours été un outil, un espace fonctionnel, un carrefour stratégique.

Au fil des siècles, la place se transforme. Les caravanes y arrivent, les marchands y installent leurs étals, les conteurs y rassemblent les foules, les guérisseurs y proposent leurs remèdes, les musiciens y font vibrer les nuits. C’est un théâtre à ciel ouvert, un lieu où la médina se raconte, se montre, se vit. Quand la ville s’étend, quand les dynasties changent, quand les remparts se déplacent, Jemaa el-Fna reste. Elle demeure le centre nerveux, le point d’équilibre, l’espace où Marrakech respire.

Aujourd’hui encore, malgré les siècles, malgré les transformations, malgré le tourisme, la place garde son rôle premier : être le cœur vivant de la médina, son centre géographique, social et symbolique. Une place qui n’a jamais cessé d’être un monde.

🧱 – Les remparts : la colonne vertébrale de la médina

Les remparts sont le squelette de Marrakech. Ils ont été construits, détruits, reconstruits, déplacés, élargis, rétrécis. Bref, ils ont vécu plus de vies qu’un chat de la médina.

Aujourd’hui, ses 19 km sur 8 à 10 m de hauteur encerclent 600 hectares de ruelles, de maisons, de riads, de mosquées, de fondouks, de souks, de places, et de scooters qui roulent comme si les remparts n’existaient pas.

🗺️ – Les grands quartiers historiques : les piliers de la médina

Une médina n’a jamais été pensée comme un lotissement avec ses rues numérotées et son plan de circulation. Elle s’est construite par morceaux, autour d’un palais, d’une mosquée, d’un marché, d’un métier ou d’une communauté.

C’est pour cela que deux quartiers séparés de quelques centaines de mètres peuvent encore avoir des atmosphères complètement différentes. Il y a plus de 40 quartiers dans la médina, pas la peine de tous les connaître, juste ceux qui articulent la vie à l’intérieur des remparts, c’est déjà un bon début :

La Kasbah

Le quartier du pouvoir. Créée sous les Almohades autour de la citadelle royale, elle rassemble palais, mosquées, tombeaux Saadiens et Bab Agnaou. Ici, Marrakech ne commerçait pas : elle gouvernait.

Le Mellah

Le quartier historique de la communauté juive de Marrakech, créé au XVIe siècle près du palais. Ses rues, ses balcons et ses anciennes maisons donnent encore au quartier une physionomie très différente du reste de la médina.

Mouassine

Un Marrakech plus élégant et plus posé, organisé autour de sa mosquée, de sa fontaine et de ses souks. On y retrouve l’une des belles expressions de l’urbanisme Saadien.

Ben Youssef et le Mokhef

Autour de la médersa Ben Youssef, des foundouks et de l’ancien quartier des tanneurs se dessine un Marrakech de savants, de commerçants, d’artisans et de voyageurs.

Bab Doukkala

Longtemps tourné vers les routes du nord-ouest, c’est un quartier populaire, commerçant et très marrakchi, bien loin du décor parfois policé des rues les plus touristiques.

Riad Zitoun

Entre Jemaa el-Fna, Bahia et le sud de la médina, les deux grandes rues Riad Zitoun concentrent depuis longtemps commerces, demeures et circulation entre plusieurs centres majeurs de la ville.

Découvrir d’autres quartiers de la médina

Arset El Houta : vieux quartier résidentiel de l’est de la médina.

Arset Ben Brahim : habitat traditionnel et ruelles populaires.

Derb Dabachi : l’un des grands axes entre Jemaa el-Fna et l’est de la médina.

Rahba Kedima : autour de l’ancienne place marchande et des souks.

Kaat Ben Nahid : secteur historique autour de Ben Youssef.

Sidi Ben Slimane : quartier résidentiel du nord de la médina.

Zaouia Abbassia : autour de la zaouïa de Sidi Bel Abbès, l’un des sept saints de Marrakech.

…et bien d’autres encore…

🧺 – Les Souks : le bazar organisé depuis longtemps

Les souks de Marrakech sont presque aussi vieux que la ville et, dès l’époque almoravide, on y commerçait déjà sérieusement, et nul besoin de VRP. Avec le temps, artisans et marchands se sont organisés par métiers : les forgerons avec les forgerons, les teinturiers avec les teinturiers, les menuisiers avec les menuisiers… chacun sa rue et tout le monde savait où aller. Autour, les fondouks accueillaient les marchands de passage, leurs marchandises et parfois leurs animaux, faisant de Marrakech un véritable carrefour entre l’Atlas, le Souss, le Sahara et le reste du Maroc. Aujourd’hui encore, au détour d’une ruelle, on tombe sur un riad de la médina qui perpétue cet esprit d’accueil et de vie marrakchie.

On parle traditionnellement d’une vingtaine de souks, même si essayer de les compter précisément peut rapidement donner mal à la tête : les noms, les limites et les classifications changent selon les époques. Beaucoup portent encore aujourd’hui le nom du métier qui les occupait autrefois. Évidemment, le tourisme est passé par là et tu peux désormais trouver une babouche pratiquement partout, y compris là où personne n’en fabriquait historiquement. Mais en quittant les grandes allées commerciales, dont la colonne vertébrale est le Souk Sémarine, on entend encore les marteaux, on voit travailler le cuir, le bois ou le métal et l’ancien système réapparaît.

Les souks commencent au nord de la Place Djema el Fnaa, et ne sont donc pas seulement l’endroit où tu vas négocier pendant deux heures un objet dont tu ignorais l’existence cinq minutes auparavant, ils sont surtout l’un des derniers morceaux encore bien vivants de l’ancienne organisation de Marrakech.

🌴 – Les “Arset” : quand les jardins deviennent des quartiers

Les “arsets” étaient autrefois des jardins, vergers, terrains agricoles. Puis les remparts ont bougé, les dynasties ont construit, les jardins ont disparu, et les noms sont restés.

Aujourd’hui :

Arset Moussa (où se trouve le célèbre, magnifique et exceptionnel Riad Mumtaz… 😁 )
Arset El Maâch
Arset El Bilk

sont des quartiers urbains, intra-muros, vivants, sans un seul palmier. Mais le nom raconte leur passé, et c’est ça, Marrakech : une ville où les noms sont des archives.

🚪 Les 14 portes : les personnalités de la médina

Les remparts n’étaient pas seulement faits pour empêcher les gens d’entrer. Leurs portes organisaient la relation de Marrakech avec l’extérieur : routes commerciales, villages, jardins, montagnes, caravanes et autres villes du royaume.
La médina compte 14 portes pour l’accès extérieur, chacune avec son caractère. Bab Agnaou, la star photogénique. Bab Doukkala, la costaud. Bab Debbagh, la porte à cinq coudes (oui, cinq). Bab Er-Robb, qui contrôlait le vin. Bab El Khemis, la porte du jeudi. Bab El Jdid, la porte qui voit passer tout le monde.

Bab Agnaou

Porte monumentale de l’époque almohade, elle marquait l’entrée prestigieuse de la kasbah royale. Plus qu’un passage, une affirmation de pouvoir.

Bab Doukkala

Grande sortie historique vers le nord-ouest, elle reliait la médina aux routes des Doukkala. Aujourd’hui encore, c’est l’un des points de transition les plus nets entre vieille et nouvelle ville.

Bab el-Khemis

Au nord-est, cette porte est indissociable du grand marché populaire du jeudi. Une ouverture commerciale majeure depuis des siècles.

Bab er-Robb

Au sud-ouest, elle contrôlait l’axe vers l’Atlas et les routes du Sud. Son nom rappelle le passage du “robb”, le vin cuit, autrefois surveillé ici.

Bab Aylan

Porte de l’est de la médina, plus discrète mais essentielle pour les quartiers populaires de ce secteur. Une ouverture tournée vers les anciennes routes tribales.

Voir les autres portes de la médina

Bab Debbagh : Porte historique des tanneurs, avec son célèbre passage à 5 coudes. Elle reliait le quartier des artisans aux zones extérieures de travail et de commerce.

Bab Ghmat : Ancienne ouverture vers la route de Ghmat et le sud-est. Une porte liée aux circulations anciennes entre Marrakech et les villages de l’Atlas.

Bab Ahmar : Située au sud-est, elle servait de passage secondaire vers les jardins et les zones agricoles. Une porte modeste mais extérieure, longtemps utilisée par les habitants.

Bab Nkob : Ouverture vers l’avenue Mohammed V et la ville moderne. Une porte qui accompagne la transition entre médina historique et Marrakech contemporain.

Bab Jdid : aujourd’hui l’un des grands passages entre la médina, l’Hivernage et le secteur de l’hôtel La Mamounia, le fleuron de l’hôtellerie à Marrakech.

Bab Irlhi : Petite porte du sud-ouest de la médina, ouverte pour faciliter l’accès à la Kasbah. Elle servait autrefois de passage secondaire vers l’extérieur, discrète mais bien réelle dans le système défensif des remparts.

Bab Ksiba : La porte de la “petite Kasbah”, ajoutée par les Saadiens pour relier le quartier royal à l’extérieur. Une ouverture stratégique, modeste en taille mais essentielle pour les mouvements autour du palais.

Bab el Makhzen : Porte liée au domaine du palais royal, utilisée pour les accès officiels et les circulations administratives. Elle donnait bien sur l’extérieur, même si son usage a été fortement contrôlé au fil des dynasties.

Bab el Raha : Ouverture occidentale des remparts, proche de Bab Doukkala. Une porte secondaire mais extérieure, utilisée pour rejoindre les jardins, les zones agricoles et les pistes menant vers les Doukkala.

À celles-ci s’ajoutent différentes ouvertures anciennes ou plus récentes, certaines ayant été modifiées ou percées afin d’adapter les remparts à l’évolution de Marrakech et de sa circulation, ainsi que des portes intérieures qui permettaient la communication inter-quartiers comme Bab Fteuh pour aller vers Laksour et Mouassine, ou Bab Taghzout du côté de Ben Slimane…

Quatorze portes pour entrer. Quatorze façons de se perdre juste après, mais heureusement de découvrir en flânant.

📢 – Marrakech, un chaos parfaitement logique

La médina de Marrakech est un mille-feuille historique où tout finit par avoir du sens : les remparts qui bougent, les jardins qui deviennent des quartiers, les portes qui racontent des histoires, les ruelles qui se faufilent, les noms qui survivent, les habitants qui donnent vie à tout ça, et pour ceux qui aiment plonger encore plus loin dans les histoires de Marrakech, il existe un endroit où la ville se raconte autrement : les Échos du Mumtaz.

La médina, c’est ce qui est dans les remparts. Les Arsets sont des anciens jardins devenus quartiers. Les portes sont les gardiennes du temps. Et Marrakech reste Marrakech : un joyeux chaos millénaire.

Emmanuel

Le pense-bête du Petit Marrakchi

Naissance de Marrakech

Construction de la grande enceinte Almoravides

Longueur et hauteur des remparts

Population intra-muros

Superficie intra-muros

Périmètre UNESCO

Nombre de souks par activité

Nombre de quartiers

Nombre de portes

En 2024, la population de Marrakech est estimée à 1 014 813 habitants.

Avec ses 600 hectares de surface, la médina de Marrakech est la plus grande du monde, mais la 2ème en densité, devancée par Fès avec ~38000 hab/km² contre ~19000 pour Marrakech

Avec 18 à 20 souks différents, c’est le réseau de zones artisanales et commerciales la plus grand du monde.

Les quartiers de Marrakech : la médina n’est que le début

Pendant plusieurs siècles, raconter Marrakech revenait presque à raconter sa médina. La ville était derrière ses murs et, passée une porte, commençaient les jardins, les cultures, les routes et les villages.

Ce n’est évidemment plus vrai. Marrakech a depuis longtemps débordé de ses remparts. À l’ouest, au sud et au nord sont apparus de nouveaux quartiers, certains désormais aussi connus que plusieurs secteurs de la vieille ville.

Préparer son voyage à Marrakech : checklist avant de partir

Posté par Emmanuel le 13 août 2026 Ajouter 1 Commentaire

Partir à Marrakech ne demande pas l’organisation logistique d’une expédition sur l’Annapurna, mais entre ceux qui arrivent avec un passeport périmé, ceux qui découvrent que leur forfait téléphonique est dépouillé dès le mode avion désactivé, et celles qui pensent aux 8 paires de chaussures mais pas au câble du téléphone, il est de bon ton de procéder à une petite vérification avant le départ afin d’éviter cette montée dans les tours qui se transforme généralement en engueulade maison.

Rien de très compliqué. Juste cinq minutes de bon sens avant de s’asseoir sur la valise pour enfin réussir à la fermer.

Préparer deux ou trois choses avant de partir, c’est donc plutôt une bonne idée. Programmer chaque heure de son séjour, beaucoup moins. Si tu es déjà en train de dresser la liste des 27 monuments à voir absolument, commence peut-être par lire mes quelques conseils pour visiter Marrakech sans transformer tes vacances en cahier des charges.

🛃- Le passeport : la seule chose vraiment indispensable

Pour entrer au Maroc, la carte nationale d’identité ne suffit plus, même pour un simple séjour touristique. Il faut un passeport en cours de validité couvrant toute la durée du séjour. ( Source Officielle – France diplomatie au 13 Août 2026 )

Contrairement à ce que l’on lit parfois, les autorités françaises n’indiquent pas une obligation générale de six mois de validité après le retour pour un voyageur français. En revanche, ton passeport doit impérativement être encore valable le jour où tu quittes le Maroc.

Vérifie donc sa date avant de réserver ton billet. Cela paraît évident, mais l’évidence disparaît généralement au moment où l’on commence à comparer les prix des vols à deux heures du matin.

Pense aussi à conserver dans ton téléphone :

– une photo de ton passeport
– ton billet de retour
– adresse et coordonnées de ton hébergement
– les coordonnées de ton assurance voyage ou de ta carte bancaire.

💡 Astuce personnelle : j’utilise le cloud gratuit proposé par Google, où tous mes documents importants sont en copie sur le Drive. Documents d’identité, permis, assurances, documents familiaux et bancaires utiles, ordonnances, visas éventuels…
Tout ceci ne remplacera évidemment jamais les originaux, mais cela peut grandement faciliter certaines démarches en cas de perte, et je le répète : c’est gratuit !

🎫- Le billet d’avion : va sur le site de la compagnie aérienne !

Façade moderne de l’aéroport de Marrakech avec sa structure géométrique, ses ouvertures circulaires et des voyageurs devant l’entrée.
L’aéroport de Marrakech : première étape du voyage avant de plonger dans l’énergie de la ville.

Beaucoup de voyageurs passent encore par des tours opérateurs soit en agence, soit en ligne. Je ne saurais trop recommander de réserver ses billets d’avion directement auprès de la compagnie aérienne. Personnellement, c’est ce que je fais, car quand tout va bien, ça ne change pas grand-chose, mais quand les boulons commencent à sauter de partout, vol modifié, erreur de réservation, remboursement, etc… avoir un intermédiaire supplémentaire entre la compagnie et toi peut rapidement transformer ton téléphone en instrument de torture.

Parallèlement, le voyagiste a un coût, et il est inclus dans le prix que vous payez… ça peut faire quelques tajines au final…

Sur les sites des compagnies aériennes, surtout chez les low-cost, faites juste attention quand vous arrivez aux bagages. Ces sections sont de vrais casse-têtes, des terrains minés. Progressez donc doucement, et sans gosses dans les pattes.

💶 – Les dirhams : inutile de remplir une valise de billets

La monnaie marocaine est le dirham, généralement abrégé en DH ou MAD. À titre de repère, l’euro tourne généralement autour d’une dizaine de dirhams ; vérifie le cours du jour avant de changer.

Le dirham n’étant pas librement convertible, il est inutile, et souvent peu avantageux, d’en chercher avant le départ. Cela s’applique même à toutes les monnaies. Quand tu vas à l’étranger, ne change jamais tes euros pour une autre devise en France. Tu pourras changer tes euros dans une banque ou dans un bureau de change officiel à Marrakech. Le meilleur se trouvant à côté de la place Djemaa el Fna, Hôtel Ali et bureau de change institutionnel, ou tu en trouveras forcément un près de ton hébergement à Marrakech.

Les cartes bancaires sont acceptées dans les hôtels, les restaurants importants et de nombreux commerces. En revanche, dans les souks, les petits cafés, les taxis ou chez certains artisans, les espèces restent souvent beaucoup plus pratiques. Au Maroc, « cash is King », enfin, après Mohamed VI bien évidemment.

L’idéal est donc de disposer :

– d’une carte bancaire qui fonctionne à l’étranger ;
– d’un peu d’argent liquide pour le début du séjour ;
– de petites coupures une fois sur place.

Vérifie avant de partir les frais appliqués par ta banque aux paiements et aux retraits hors zone euro. Le Maroc est proche, certes, mais pour ta banque, Marrakech n’est pas Marseille avec des palmiers.

Évite également de repartir avec une fortune en dirhams : leur importation et leur exportation sont réglementées. Pour un voyage classique, le plus simple reste de retirer ou changer progressivement selon tes besoins.

☎️ – Téléphone et Internet : attention au roaming

Le Maroc ne fait pas partie de l’Union européenne. Ton forfait français n’y fonctionne donc pas nécessairement dans les mêmes conditions qu’en France.

Avant le départ, regarde précisément ce que ton opérateur facture pour :

– les appels
– les SMS
– l’utilisation d’Internet mobile
– la réception des appels.

Si ton forfait n’inclut pas le Maroc, coupe les données en itinérance avant l’atterrissage.

💡 Astuce personnelle : Une carte SIM locale ( 20dhs + 30dhs de données mobiles chez Maroc Télécom, Orange… ) ou une eSIM touristique ( Holafly… ) peut être beaucoup plus économique pour utiliser WhatsApp, Google Maps et partager les trente-sept premières photos de ton tajine. Ne prends pas à l’aéroport, ce sera au moins 200dhs. Tu trouveras tout ce que tu veux en ville dans une agence, les nombreux kiosques à journaux, ou les petits « hanout », épiceries de quartier.

Télécharge également avant de partir :

– le plan hors connexion de Marrakech dans Google Maps
– tes billets d’avion
– ta réservation d’hébergement + adresse et coordonnées exactes
– éventuellement quelques traductions utiles.

Dans la médina, une carte hors connexion est parfois plus utile qu’un sens de l’orientation improvisé par ton égo.

🔌 – Prises électriques et chargeurs : pas besoin d’une centrale nucléaire

Chargeur de téléphone posé sur une table, rappelant l’importance d’emporter ses accessoires de recharge en voyage.
Le chargeur : l’allié indispensable pour rester connecté tout au long du séjour à Marrakech.

Le réseau marocain fonctionne généralement en 220 volts et 50 Hz. Les prises les plus courantes sont de type C et E, comme en France.
Si tu viens de France ou de la plupart des pays d’Europe continentale, tu n’auras normalement pas besoin d’adaptateur. Vérifie simplement que tes chargeurs indiquent une entrée compatible avec le 220–240 V, ce qui est le cas de presque tous les chargeurs récents.

En revanche, pense réellement à emporter :

– le chargeur du téléphone
– le bon câble USB-C, Lightning ou autre survivance technologique
– le chargeur de la montre si tu en portes une
– une batterie externe
– éventuellement un petit chargeur multiprise USB.

La batterie externe est particulièrement utile pendant une longue journée dans la médina. Entre les photos, les cartes, WhatsApp et les recherches désespérées du restaurant recommandé par le cousin d’un collègue, ton téléphone peut rendre l’âme bien avant toi.

📝 – Médicaments, ordonnance et petite pharmacie

Si tu suis un traitement, prends suffisamment de médicaments pour toute la durée du voyage, de préférence dans leur emballage d’origine. Garde également une copie de ton ordonnance, surtout pour un traitement particulier. Cela dit, les pharmacies marocaines sont généralement très bien approvisionnées et certains médicaments y sont plus facilement accessibles qu’en France.

Ajoute une petite pharmacie raisonnable :

– antalgique habituel ;
– désinfectant ;
– pansements ;
– traitement contre les troubles digestifs ;
– protection solaire ;
– répulsif selon la saison.


Pas besoin de transformer ta valise en antenne mobile de la pharmacie centrale. Marrakech possède évidemment des pharmacies avec le même système de garde qu’en France. Il s’agit simplement d’éviter de partir à leur recherche à minuit pour un médicament banal que tu avais déjà chez toi.

📋 – La checklist finale avant de claquer la porte

Avant de partir pour l’aéroport, vérifie une dernière fois :

  • – passeport valide pendant tout le séjour
  • – Billets aller-retour
  • – Adresse et téléphone de l’hébergement
  • – Carte bancaire autorisée à fonctionner au Maroc
  • – Quelques euros en espèces
  • – Assurance et assistance rapatriement
  • – Médicaments et ordonnance
  • – Téléphone débloqué si tu souhaites utiliser une SIM locale
  • – Données en itinérance désactivées si nécessaire
  • – Chargeurs, câbles et batterie externe
  • – Un pèse bagages
  • – Poids et les dimensions autorisés des bagages suivant la compagnie aérienne
  • – Un petit cadenas pour la valise
  • – Cartes et documents téléchargés hors connexion.


Si tout est là, tu peux partir tranquille, sans oublier ta femme bien sûr… 😁 Arrête, je sais que tu y as pensé…

Et si tu as omis un tee-shirt, une brosse à dents ou une paire de chaussettes, rassure-toi : Marrakech possède des magasins. Le seul objet réellement difficile à acheter une fois arrivé reste le passeport que tu as laissé dans le tiroir de l’entrée.

Et pour les petites astuces, les galères et les choses qu’on apprend surtout en vivant à Marrakech, tu peux aussi faire un tour du côté des Échos du Mumtaz, en complément des articles et du guide de Marrakech du Petit Marrakchi.

Bon voyage au pays du couscous.

Emmanuel

Les Carossas : les fourmis travailleuses de la médina

Posté par Emmanuel le 20 mai 2026 Ajouter 1 Commentaire

Les carossas à Marrakech : petite vérité marrakchie

Vous savez ce qu’est un carrossa ? …toujours pas ? Alors asseyez‑vous, respirez, et laissez-moi vous raconter la vérité vraie, celle qu’on ne vous raconte jamais dans les brochures touristiques.

Mohamed: Carossa à Marrakech, Bab Mellah dans le quartier de Riad Zitoun Lakdim - Médina

Vous, fier comme Ali-Artaban avec votre réservation dans un magnifique riad de la médina, vous décidez de jouer les aventuriers. « Le transfert aéroport ? Non merci, on va faire local ! » Et c’est précisément à ce moment-là que votre voyage bascule dans ce que j’appelle la grande tradition marrakchie, jamais dangereuse, mais parfois un peu pesante…

Déjà échauffé par la négociation musclée avec le taxi de l’aéroport (qui, rappelons-le, a toujours un cousin qui “fait meilleur prix”), vous voilà déposé à l’entrée d’une ruelle. Et là… Deux types se battent derrière la voiture. Enfin… se battent, c’est ce que vous croyez. En réalité, ils se disputent juste vos valises comme deux fourmis géantes qui auraient repéré une corne de gazelle ( oui, c’est une pâtisserie typiquement marocaine, blindée de sucre donc…) tombée du ciel.

Bienvenue dans le monde merveilleux des carossas, les porteurs de la médina. Toujours là. Toujours rapides. Toujours prêts. Toujours casse-b… et intéressés, mais indéniablement inévitables.

L’un d’eux deviendra votre bourreau. C’est lui qui vous suivra jusqu’à la porte du riad, qui vous collera comme un chewing-gum sous la babouche, et qui vous réclamera « le flouze » avec l’insistance d’un vendeur de tapis en fin de mois, et la subtilité d’un chameau dans un magasin de céramique fine de Safi .

Important : surtout, ne sortez pas la boîte à giffles. Même si l’envie vous traverse l’esprit. On reste civilisé, on respire, on sourit. Le sourire, c’est la monnaie universelle de la médina.

Comment gérer un carrossa sans perdre son calme

Option 1 : La technique du “porte-toi bien”

Vous arrivez devant le riad. Vous parlez, vous riez, vous faites durer, vous improvisez un sketch si nécessaire. Le but : gagner du temps jusqu’à ce que la porte s’ouvre. Dès que votre hôte apparaît : « C’est combien ?  20 dirhams. ? Tiens et merci !» Voilà. C’est réglé. Vous êtes sauvé.

Option 2 : La fuite stratégique

Vous filez à l’intérieur du riad comme si vous vouliez échapper à un contrôleur du fisc. Vous laissez votre hôte gérer. Il connaît la musique. Il a l’habitude. Il a même un doctorat en “gestion de carrossas”.

Option 3 : Le coup du paiement anticipé

Le porteur s’arrête avant le riad. Il sait très bien que le patron de la maison n’aime pas les négociations sauvages. Donc il vous bloque avant. Il réclame. Il insiste. Il joue la scène dramatique.

Là, c’est votre moment de solitude. Votre heure de gloire. Votre test de diplomatie.

Ne montrez rien. Dites que vous n’avez pas de monnaie. Et surtout, SURTOUT : museler votre femme, qui est prête à donner tout le budget du voyage pour avoir la paix.

Les carossas entre habitants : l’autre face de la médina

Et puis il faut dire la vérité vraie : les carossas, ce n’est pas seulement pour trimballer les valises des touristes fraîchement débarqués. Non, non. Dans la vie quotidienne de la médina, ce sont de véritables camions de livraison sur pattes.

Ils transportent tout :

Boudheli : un des porteurs de la médina de Marrakech depuis près de 30 ans.
  • les stocks de babouches fraîchement cousues
  • les tapis roulés comme des makis XXL
  • les matériaux de construction (oui, même les sacs de ciment)
  • les courses du marché
  • les bouteilles de gaz qui pèsent la moitié d’un âne
  • les colis entre commerçants
  • les plateaux de gâteaux pour les mariages
  • les cartons de menthe, de coriandre, de citrons…
    et j’en passe !

Bref : si c’est lourd, encombrant, fragile ou improbable, c’est pour eux.

Dans la médina, tout passe par un carrossa. C’est le Uber, le DHL, le Chronopost, le déménageur, le livreur de gaz et le cousin serviable… mais en version humaine, rapide, et toujours prêt à négocier.

Où dormir pour éviter les galères de carossas ?

Si vous voulez éviter les négociations musclées dès l’arrivée, choisissez un riad facile d’accès, calme et central comme le Riad Mumtaz, une petite adresse élégante au cœur de la médina, avec un hôte qui vous parle directement, en vrai.

Les carossas, ce sont un peu les fourmis travailleuses de la médina : infatigables, rapides, indispensables… et parfois légèrement collantes. Mais sans eux, la médina ne tournerait pas rond.

Emmanuel.

Négocier un tapis dans les souks : le casse‑tête berbère !

Posté par Emmanuel le 18 avril 2026 Ajouter 1 Commentaire

Après un petit‑déjeuner d’Efrits, sorte de Gargantua version monde arabe, préparé par Saïda, la maman de tout le monde au Riad Mumtaz, me voilà fin prêt pour affronter les guerriers berbères des souks, non mais ! Enfin… c’est ce que je croyais.

Ce matin, j’ai une mission : acheter un tapis. Un vrai. Un kilim, un tissé main en laine venu des montagnes, un Mrirt, bref… le genre de pièce qui tu ramènes à la maison avec la fierté du négociateur qui vient de vendre du sable aux autorités Sahariennes. Tes amis vont pas en croire leurs yeux. “Oui, ça a été chaud, mais avec ma technique de pro sortant de HEC, il a bien compris qui j’étais, et je suis fier. »

Sauf que tu vas vite comprendre que débarquer dans un souk avec un esprit guerrier en pensant faire monter la tension du petit bonhomme au-dessus de 3, c’est compliqué… heu… inutile aussi, voire même contre‑productif. Et oui, tu ne vas pas à la guerre. Le vendeur n’est pas Youssef Ibn Tachfin, et tu n’es pas Alphonse VI de Castille. Et heureusement pour toi, car en 1086, à la bataille d’Al‑Zallaga, c’est le chef des Almoravides qui remporta l’escarmouche.

Non, en réalité, tu vas chez le psy. Dans son théâtre. Dans son antre. Dans son empire du calme, de la stratégie, du thé à la menthe, et du tapis, accessoirement. Et lui, il t’a déjà analysé avant même que tu n’aies posé ta babouche sur le kilim à l’entrée.


La psychologie berbère : l’art de te lire avant même que tu parles

Ce que tu dois bien comprendre, et qu’aucun guide touristique ne t’expliquera, c’est que le vendeur berbère n’est pas un simple commerçant. C’est un malin le bougre, un psychologue, un stratège, un acteur, un anthropologue, et parfois même, un magicien.

Il en a vu passer du touriste, et son petit rictus accueillant signifie également qu’il est déjà en train de dépouiller ton portefeuille. Tu es comme un mouton qui gambade heureux sur les plateaux de l’Atlas, et que l’on rentre sournoisement à la maison la veille de l’Aïd El Kébir…

Il t’a déjà classé dans une catégorie : acheteur sérieux, curieux, hésitant, impulsif, romantique, radin, généreux, ou juste perdu. Il sait si tu vas craquer, ou pas…

Et surtout : il lit ton visage comme un livre ouvert.

Il t’accoste avec une petite blague, le test classique pour savoir d’où vient ce short ridicule avec sa virgule qui ne ressemble à rien, car évidemment, seule la Djellaba est un habit digne de ce nom, ignare que tu es ! Une fois ta nationalité connue, l’anecdote et l’étalage du savoir :

« Français ? Ah, la Tour Eiffel, Zizou, Mbappé… Mbappé, Walla, y court plus vite que les gazelles du Sahara… » Tu ris. Tu es détendu.
Tu es à feu doux. Il a calibré ton niveau de résistance. La séance peut commencer.


La grande scène du dépliage : le tapis n°23

Tu crois encore que tu vas “regarder deux ou trois modèles”. Non. Tu entres dans un rituel ancestral. Le vendeur t’invite à t’asseoir. Toujours. Parce qu’un client assis est un client qui reste. Premier tapis. Deuxième. Troisième. Tu hoches la tête. Tu fais semblant de comparer. Lui, il observe. Son assistant déplie frénétiquement les œuvres d’art. Quatrième. Cinquième… Tu commences à te dire que tu vas devoir appeler Saïda pour qu’elle t’envoie le tajine. Septième. Huitième…Ton regard fatigue. Lui, jamais.

Et puis arrive le moment clé. Le 23ème tapis. Pas le 22. Pas le 24. Le 23.

Celui où, malgré toi, tu laisses filer la petite émotion, la traîtresse. La pupille s’est dilatée. Madame te fait des signes aussi discrets que le chameau qui rentre au Foundouk après 8 jours de Sahara…Tes babouches se figent. Un “hmm” microscopique s’échappe de ton âme.
Tu entres en légère ébullition.

C’est à ce moment précis que le thé arrive. Toujours. Le thé à la menthe, c’est le “checkmate” du souk. Tu ne peux plus partir. Il ne parle toujours pas d’argent. Jamais. Il te parle :

  • de la laine
  • du temps de fabrication
  • des montagnes
  • des femmes qui l’ont tissé
  • de la tradition
  • de la baraka
  • de la beauté
  • de l’histoire

Tu es captivé. Tu bois ton thé. Tu hoches la tête. Tu es cuit.


La négociation : dignité, patience et ego

Beaucoup pensent que la négociation, c’est une bataille de prix. Non. La négociation berbère, c’est une danse. Un jeu d’équilibre. Une question de dignité. Une bataille contre toi-même. Le vendeur peut baisser le prix. Il peut discuter. Il peut sourire. Mais il n’acceptera jamais que tu touches à sa dignité. Tu sens la culpabilité monter. Le fameux : “je ne veux pas le vexer”, “je ne veux pas manquer de respect”, “je ne veux pas être ce touriste-là”. C’est normal. Et lui, il le sait. Il a l’odorat émotionnel d’un fennec.

Mais rappelle-toi : si tu pars avec le tapis, c’est qu’il a gagné de l’argent. Toujours. Le berbère est beaucoup de choses, mais certainement pas philanthrope. La bonne négociation, c’est celle où vous souriez tous les deux. Lui, parce qu’il a fait une marge correcte. Toi, parce que tu as divisé le prix par deux. Et soyons honnêtes : c’est plus jouissif que n’importe quelle substance venue des montagnes du Rif.


Les règles d’or pour ne pas se faire plier comme un tapis

  • Ne montre jamais trop d’enthousiasme.
  • Ne commence jamais trop bas, ou si tu le fais, tu l’accompagnes de gros rires bien lourds.
  • Ne te presse jamais. Toi aussi, teste-le !
  • Ne te sens jamais coupable.
  • Attends le sourire. C’est le signal. Le vrai.

Le tapis, la dignité et toi

Acheter un tapis dans les souks de Marrakech, ce n’est pas une transaction. C’est une expérience. Un rite initiatique. Une séance de psy où tu découvres que tu es plus émotif que tu ne le pensais, plus impatient que tu ne le croyais, et plus fier que tu ne l’avoueras jamais. Le vendeur berbère, lui, a joué son rôle à la perfection. Il t’a observé, testé, charmé, déstabilisé, rassuré. Il t’a amené au tapis n°23 comme un chef d’orchestre amène son public au crescendo final.

Et toi, tu repars avec un tapis magnifique, une histoire à raconter, et un ego qui flotte à deux mètres du sol.

Tu as joué le jeu. Tu as respecté la dignité. Tu as vécu Marrakech comme il faut la vivre : avec humour, patience, et un thé à la menthe.
Courage mon cousin, ça va le faire 😉
Emmanuel

Taxi à Marrakech: dépouillage tout en souplesse…

Posté par Emmanuel le 17 mars 2026 Ajouter 1 Commentaire
taxi marrakech
Taxi à Marrakech

…ou comment éviter de se faire plumer, sourir aux lèvres…
Vous avez déjà pris un taxi à Marrakech ? Alors vous savez. Pour les autres… installez-vous, je vous explique. Et promis : ce n’est jamais dangereux, juste parfois… folklorique. Marrakech, c’est un peu comme un film interactif : vous êtes le héros, et le taxi est souvent la première scène.

Et c’est précisément à ce moment-là que vous regrettez d’avoir refusé le transfert privé proposé par votre riad, juste pour “faire local” devant madame. Mauvais calcul. Mais rassurez-vous : vous n’êtes pas le premier, et certainement pas le dernier.

🚗 Les taxis en 2026 : petit rappel utile

À Marrakech, il existe toujours deux espèces bien distinctes :

1. Les petits taxis

Les fameux beige-jaune-crème (la couleur exacte reste un débat national). Ils sont petits, souvent vintage, parfois héroïques.

  • Ils ne sortent pas de Marrakech.
  • Maximum 3 passagers.
  • Ils ont obligatoirement un compteur.
  • La prise en charge reste dérisoire.
  • Pas de supplément bagage (officiellement).
  • Et oui, leur compteur peut gérer plusieurs courses en même temps. Ne cherchez pas à comprendre.

2. Les grands taxis

Les Mercedes increvables, génération “avant l’invention du plastique” est désormais remplacé…apr le plastique. Cela dit y’a que ça qui a changé :

  • Toujours pas de compteur.
  • Très utilisés par les locaux pour les trajets interquartiers.
  • Fonctionnement collectif : on monte, on attend que ça se remplisse, on part.
  • Vous pouvez les privatiser… mais préparez votre portefeuille.
  • Un trajet complet en collectif coûte quelques dirhams. En privé, c’est une autre galaxie.

🎯 Comment prendre un taxi en ville sans se faire avoir

Quelques règles simples, testées et approuvées :

1. Ne prenez pas un taxi devant un lieu touristique

Ils se connaissent tous, ils se parlent, et vous n’aurez aucune marge de négociation. Marchez 50 mètres, attrapez-en un au vol. Ils sont partout.

2. S’il refuse le compteur : négociez, mais intelligemment

Restez ferme, mais zen. On parle de 1 ou 2 dirhams, pas d’un héritage. Si ça bloque : on sourit, on ferme la porte (doucement, surtout si madame a les doigts dedans), et on passe au suivant.

3. S’il refuse de vous prendre

Ne le prenez pas personnellement. Ce n’est pas votre tête : c’est juste qu’il ne va pas dans votre direction.

✈️ Prendre un taxi à l’aéroport en 2026

Là, c’est une autre histoire car les prix fixés par les autorités et normalement appliqués par un coordinateur officiel tournent parfois au vinaigre. Traduction : négocier est devenu compliqué, mais possible !

Pour un premier séjour, surtout si vous logez dans la médina, je recommande toujours le transfert proposé par votre hôte. Entre 15 et 20 euros, livré devant la porte, sans stress. Et croyez-moi : arriver dans la médina sans devoir à chercher votre Riad, c’est un luxe.

🏜️ Centre-ville → Aéroport / Palmeraie

Ces trajets ont un tarif spécial :

  • 70 dhs pour un petit taxi
  • 200 dhs pour un grand taxi

Pas plus. Sauf si vous ne dites rien, évidemment.

Taxi à Marrakech

🐦 Le vrai problème en 2026

Les taxis préfèrent parfois attendre “le bon touriste” plutôt que de prendre un local. Résultat : même les Marrakchis galèrent à trouver un taxi. Les autorités ont dû rappeler à l’ordre les chauffeurs les plus… sélectifs.

🎉 Conclusion : Ne paniquez pas, c’est Marrakech, mais c’est la même histoire à Bangkok. C’est vivant, c’est drôle, c’est parfois agaçant, mais ça fait partie du charme. Et souvenez-vous : vous êtes en vacances. Prenez ça comme une mini-aventure, un rite initiatique. Et surtout : gardez le sourire, ça marche toujours mieux qu’un compteur.

Bon Voyage.

Emmanuel

La Koutoubia de Marrakech : le minaret qui veille sur la ville

Posté par Emmanuel le 16 mars 2026 Ajouter 1 Commentaire
La Koutoubia : Monument de Marrakech

Dans la Ville Rouge, il y a des monuments que l’on cherche, et puis il y a la Koutoubia.

Elle, généralement, vous trouve avant.

Son minaret qui trône au-dessus de tous les toits de la médina de Marrakech, apparaît souvent au bout d’une rue, entre deux palmiers, derrière une terrasse ou au-dessus du flot de scooters. À deux pas de Jemaa el-Fna, la Koutoubia est depuis près de neuf siècles le grand point de repère de Marrakech.

Et si vous demandez votre chemin à un Marrakchi, il y a de bonnes chances pour qu’elle finisse par entrer dans l’explication : « tu vas vers la Koutoubia, et ensuite… »

Le « ensuite » étant évidemment la partie où vous pouvez encore vous perdre.

🕌 La Koutoubia, bien avant les cartes Google

La Koutoubia est indissociable de l’arrivée des Almohades à Marrakech au XIIe siècle.

Après avoir pris la ville aux Almoravides, le calife Abdelmoumen entreprend la construction d’une grande mosquée à proximité de l’ancien palais almoravide. Une première Koutoubia voit le jour au milieu du XIIe siècle, puis une seconde est construite juste à côté. C’est essentiellement cette dernière que nous connaissons aujourd’hui.
Les vestiges de la première sont toujours visibles à proximité de l’édifice actuel. Pourquoi deux mosquées presque au même endroit ?
C’est là que l’histoire devient plus amusante.

👀 Une Koutoubia peut en cacher une autre

Vous lirez un peu partout que la première mosquée aurait été démolie parce que son orientation vers La Mecque était mauvaise.
L’histoire est séduisante : on construit une immense mosquée, quelqu’un sort la boussole, tout le monde se regarde et on recommence.
Sauf que les historiens sont aujourd’hui beaucoup plus prudents.

La chronologie exacte de la construction des deux sanctuaires reste discutée et l’explication par une simple « erreur d’orientation » ne suffit probablement pas à raconter toute l’histoire.

Ce que l’on sait, en revanche, c’est que les deux mosquées ont bien existé et que leurs plans se chevauchent encore aujourd’hui. La Koutoubia que nous voyons est donc aussi le résultat d’une période où Marrakech change de dynastie, de pouvoir et de visage.

📚 Le minaret qui a fait école

Avec ses 77 mètres de hauteur, le minaret de la Koutoubia n’est pas seulement spectaculaire : il est devenu l’un des grands modèles de l’architecture almohade.
Sa base carrée mesure environ 12,80 mètres de côté, et chacune de ses façades possède un décor différent fait d’arcs, de motifs géométriques et d’entrelacs. Tout l’édifice construit est assis sur environ 5400m², (90×60)

Son architecture appartient à la même grande famille que deux autres monuments emblématiques du monde almohade : la tour Hassan de Rabat et la Giralda de Séville.
Trois villes, trois tours, mais un air de famille difficile à rater.

Et contrairement à nos immeubles modernes qui nécessitent parfois trois ascenseurs pour monter six étages, l’intérieur du minaret est organisé autour d’une rampe permettant d’en atteindre les parties supérieures.

📖 Pourquoi s’appelle-t-elle Koutoubia ?

Son nom vient du mot arabe lié aux livres et aux libraires.

La tradition rapporte que les abords de la mosquée accueillaient autrefois de nombreux marchands de livres et de manuscrits. La Koutoubia est ainsi devenue, littéralement, la « mosquée des libraires « . On entend également « souk aux livres »

À une époque où un livre était copié à la main, acheté, vendu et transmis comme un objet précieux, installer ces marchands autour d’une grande mosquée n’avait évidemment rien d’anodin.

On était assez loin du rayon « trois polars achetés, le quatrième offert ».

La Koutoubia, grande mosquée de Marrakech

🟠 Et les boules au sommet ?

Tout en haut du minaret se trouvent les célèbres boules métalliques de la Koutoubia. Comme souvent à Marrakech, l’histoire officielle n’a jamais empêché les légendes de circuler.
La plus connue raconte que les boules auraient été réalisées avec l’or des bijoux d’une épouse de souverain almohade, qui aurait dû expier ainsi une faute commise pendant le ramadan.
Belle histoire.
Tellement belle, d’ailleurs, qu’il vaut mieux la ranger du côté des légendes plutôt que de la présenter comme une vérité historique.
Ce qui n’empêche absolument personne de la raconter.

🎫 Peut-on visiter la Koutoubia ?

La Koutoubia est toujours un lieu de culte en activité et l’intérieur de la mosquée n’est pas ouvert à la visite touristique des non-musulmans. Cela ne signifie pas qu’il faille passer son chemin.
L’extérieur, les jardins et les vestiges de la première mosquée permettent déjà de comprendre l’ampleur du monument. Et sa situation, juste à côté de Jemaa el-Fna, en fait probablement le monument le plus facile à intégrer dans une promenade au coucher du soleil et la vie qui s’y installe sur place en soirée. Si vous choisissez de séjourner au cœur de la médina de Marrakech, la Koutoubia devient vite l’un de vos principaux points de repère.

Le meilleur moment ?

Personnellement, je partirai sur 2 options :
– la fin de journée si tu veux capter la lumière qui descend sur la ville, la pierre qui prend peu à peu ses nuances de rouge que les fabricants de peinture essaient désespérément de mettre dans leurs catalogues, sans toutefois y insérer son âme.
– Au petit matin pour le calme, sa fraîcheur au printemps, le bleu magnifique du ciel, et les couleurs des jardins qui s’y mêlent. Personne, enfin très peu, pas de trafic, pas de klaxonne, l’inspiration en paix…
Tu peux à ce moment faire le cliché de la journée.

🏫 La Koutoubia n’est pas seulement un monument

On peut évidemment venir photographier son minaret, lire son histoire et repartir avec quelques dates. Mais la Koutoubia est surtout intéressante parce qu’elle fait encore partie de la vie quotidienne de Marrakech.
Elle donne l’heure à sa manière, appelle à la prière, sert de point de rendez-vous et permet de savoir approximativement où l’on se trouve lorsque la médina a décidé de jouer avec votre sens de l’orientation.

Et c’est peut-être cela qui la distingue de beaucoup de monuments historiques. La Koutoubia n’est pas un morceau de Marrakech conservé sous verre.

Elle est toujours dans Marrakech, elle est Marrakech.

Emmanuel

Le pense-bête du Petit Marrakchi

construction sous les Almohades

Hauteur du Minaret

Côté de sa base carrée

qu’elle domine le paysage marrakchi

2 sanctuaires successifs dont
les traces sont encore visibles

La Giralda de Séville et
la tour Hassan de Rabat

À propos du Petit Marrakchi

Photo de l’auteur du Petit Marrakchi

Le Petit Marrakchi ( oui c'est moi...) suit l’actualité de près, parfois trop près... Ici, on parle d’événements, de news, de ce qui bouge, et parfois de ce qui ne bouge pas, mais pas exprès... On vérifie, on raconte, on sourit, enfin normalement, et on râle un peu. Si vous avez une info, une rumeur solide, un scoop improbable ou 500dirhams écrivez‑nous. Promis, on lit tout, même les messages envoyés après minuit. Ensemble, partageons une information locale, vivante et éclairée...et plus si affinité !

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