dimanche
8
novembre 2026

Le Petit Marrakchi

Le média indépendant de Marrakech et du Maroc

Archives pour octobre, 2026

Hébergement à Marrakech : où poser ses valises… sans se tromper de Marrakech ?

Posté par Emmanuel le 12 octobre 2026 Ajouter 1 Commentaire

À Marrakech, choisir son hébergement, ce n’est pas simplement décider où l’on va dormir, c’est choisir l’atmosphère de la ville que l’on a envie de vivre. Et croyez-moi, entre un riad au fond d’une ruelle de la médina, un hôtel dans l’Hivernage et une villa au milieu des palmiers, on parle de trois vacances qui n’ont parfois en commun que la température extérieure !

Piscine illuminée de l’hôtel Les Jardins de la Koutoubia à Marrakech, entourée de salons et d’arcades à l’architecture marocaine.

Alors, avant de dégainer votre carte bancaire et de succomber à la première piscine photographiée au grand-angle, posons-nous une question : quel Marrakech êtes-vous venu chercher ?

Disclaimer : ici, personne ne juge vos envies ni votre façon de voyager. Mon seul objectif est de vous aider à trouver le Marrakech qui vous ressemble. Après tout, les vacances sont faites pour se faire plaisir, pas pour satisfaire les goûts du voisin !

Donc, c’est parti :

🕌 – Le riad dans la médina : Marrakech de l’intérieur, avec le mode d’emploi

Bon, vous l’aurez largement compris, cette version est mon coup de cœur, mais promis, je resterai objectif dans mon exposé.
Vous rêvez de ruelles animées, de souks, de terrasses sur les toits et de cette sensation délicieuse d’être au cœur d’une ville qui vit depuis près de mille ans ?
Le riad est probablement fait pour vous.

Riad Anabel Marrakech

Derrière une porte souvent discrète se cache parfois un véritable petit palais. Patio, fontaine, zelliges, quelques chambres autour d’une cour intérieure… Le contraste entre l’agitation de la rue et le calme de la maison fait partie des grands plaisirs de Marrakech. Je le vis personnellement et pleinement depuis mon canapé au Riad Mumtaz, quelle sensation…
Et surtout, vous êtes au cœur de l’action. La Koutoubia, les souks, les palais, les petits restaurants : selon votre quartier, beaucoup de choses se découvrent à pied.

Mais attention, un riad n’est pas un hôtel classique.
Les taxis n’accèdent pas à toutes les ruelles, les chambres peuvent donner sur le patio commun et certaines terrasses impliquent quelques escaliers. Quant au silence absolu, il dépendra autant de votre adresse que de vos voisins. J’en profite pour remettre sur le tapis, berbère, évidemment, un argument marketing parfois généreusement employé : la fameuse « piscine du riad ». Dans beaucoup d’établissements, il s’agit plutôt d’un bassin de rafraîchissement installé dans le patio, souvent à l’ombre et souvent non chauffé. Rien de scandaleux, mais si vous rêvez de faire vos cinquante longueurs quotidiennes, mieux vaut vérifier les dimensions avant de réserver !

Le conseil du Petit Marrakchi : regardez précisément où se trouve le riad dans la médina. Entre une adresse proche d’un accès automobile et une autre à quinze minutes de marche dans le dédale des ruelles, la différence se remarque surtout lorsqu’on arrive avec deux valises de vingt kilos, et la destruction irréversible des roulettes sur le pavé qui recouvre toutes les ruelles de la médina.

🏤 – L’hôtel à l’Hivernage : Marrakech, mais avec le room service

Vous aimez découvrir une ville, mais vous appréciez aussi de retrouver une grande chambre, une piscine, un bar et éventuellement quelqu’un pour porter vos bagages ?
Bienvenue dans l’Hivernage !
L’Hivernage s’étend à l’ouest et au sud-ouest de la médina, avec Bab Jdid comme l’un de ses accès emblématiques. Et juste à proximité, un voisin qui ne passe pas franchement inaperçu : La Mamounia, l’un des hôtels les plus célèbres de Marrakech.
Ici, les accès sont généralement plus simples, les équipements plus nombreux et le fonctionnement plus proche des standards de l’hôtellerie internationale. Présence de grandes surfaces à proximité, de routes vers la médina à pied sans avoir à cuire sous le soleil pendant une heure avant d’atteindre le premier Hanout et la bouteille de Sidi Ali salvatrice…

C’est particulièrement intéressant pour ceux qui veulent alterner visites, détente et sorties.

En revanche, vous ne dormirez pas nécessairement dans le Marrakech des cartes postales. L’Hivernage est un quartier plus contemporain, avec ses grandes avenues et ses établissements parfois très internationaux.
Ce n’est ni mieux ni moins bien. C’est un autre choix.

Le conseil du Petit Marrakchi : si vous envisagez de passer vos journées dans la médina, vérifiez les distances réelles depuis votre hôtel. Être « proche du centre » sur une fiche commerciale ne signifie pas toujours que vous aurez envie de rentrer à pied après une journée de visites.

🏡 – La villa dans la Palmeraie ou sur les routes extérieures : Marrakech… sans la foule

Vous rêvez d’un jardin, d’une piscine, d’espace, de tranquillité et d’un petit déjeuner qui ne soit pas accompagné du concert des mobylettes ?
Une villa ou une maison d’hôtes à l’extérieur de la ville pourrait bien vous séduire.

Vue panoramique de l’Oasis Jena près de Marrakech, avec sa piscine aux formes arrondies, ses jardins verdoyants, ses palmiers et ses terrasses.

La Palmeraie, la route de l’Ourika, la route d’Amizmiz ou encore celle de Fès proposent des ambiances très différentes, mais avec un point commun : on vient souvent y chercher de l’espace et une certaine distance avec l’agitation urbaine.
Certaines maisons offrent un accueil particulièrement personnel, loin des grands établissements impersonnels. On y prend son temps, on profite du jardin et on découvre parfois une autre forme d’hospitalité marocaine.

Le piège ? La distance.
Une villa magnifique située à quinze ou vingt kilomètres de Marrakech peut être une excellente idée pour un séjour de repos. Elle le sera beaucoup moins si votre programme consiste à visiter la médina matin, midi et soir, et le budget transport mérite d’être pris en compte dès la réservation.

Le conseil du Petit Marrakchi : avant de réserver, demandez comment fonctionnent les transferts vers Marrakech, combien ils coûtent et s’il est facile de rentrer le soir. Une piscine privée, c’est merveilleux. Une piscine privée dont on ne peut plus sortir faute de transport, ça devient un autre concept.

🏢 – L’appartement à Guéliz : vivre Marrakech plutôt que la visiter

Et si vous aviez envie de découvrir le Marrakech d’aujourd’hui ?
Guéliz, avec ses cafés, ses restaurants, ses commerces et ses rues animées, propose une expérience très différente de la médina. Ici, on peut louer un appartement, faire ses courses, prendre son café au comptoir et organiser ses journées avec davantage d’autonomie.

C’est une formule particulièrement intéressante pour les séjours un peu longs, les familles ou les voyageurs qui préfèrent disposer d’une cuisine et d’un véritable espace de vie. Mais cette liberté n’est pas réservée à Guéliz : il est également possible de louer un riad entier dans la médina de Marrakech, comme le Riad Mumtaz, et de profiter de son indépendance avec le charme de la vieille ville en prime !

Le conseil du Petit Marrakchi : vérifiez l’emplacement exact, l’équipement de l’appartement et les conditions d’arrivée. Entre un logement bien situé et un autre présenté comme « à deux pas du centre », il arrive que les deux pas nécessitent finalement un taxi.

🏠 – La maison d’hôtes : parfois, le véritable luxe, c’est celui qui vous accueille

Voilà une catégorie qui mérite qu’on s’y attarde.

Une maison d’hôtes peut se trouver dans la médina, dans un quartier résidentiel ou en pleine campagne. Ce n’est donc pas vraiment une question de géographie. C’est essentiellement une question d’esprit.
Certaines maisons sont de petites structures familiales. D’autres ressemblent à de véritables villas de charme. Et dans les meilleures, ce qui fait la différence n’est ni la taille de la piscine ni le nombre de coussins sur les transats.

C’est l’accueil.

Un propriétaire qui connaît sa ville, une équipe attentive, un dîner préparé avec soin, une conversation qui s’éternise sur la terrasse… Voilà des souvenirs qu’aucune fiche de réservation ne peut garantir. Évidemment, toutes les maisons d’hôtes ne se ressemblent pas. Certaines proposent un service très structuré, d’autres un fonctionnement beaucoup plus familial.

Le conseil du Petit Marrakchi : prenez quelques minutes pour lire les commentaires qui parlent de l’accueil, du service et de l’ambiance, plutôt que de regarder uniquement la note globale. Et si vous avez une demande particulière, contactez directement la maison.
Un échange de cinq minutes en dit parfois davantage que cinquante photographies.

Les photographies sont belles, les descriptions prometteuses et les notes rassurantes. Tant mieux. Mais quelques vérifications peuvent vous éviter de transformer votre arrivée à Marrakech en épreuve d’orientation.

Le contact :

Et surtout, méfiez-vous d’un mot : proximité.

À Marrakech, tout est relativement proche… jusqu’au moment où l’on décide d’y aller à pied en plein mois d’août.

🧳 – Alors, où poser ses valises à Marrakech ?

Il n’y a pas de réponse universelle, et c’est précisément ce qui rend Marrakech intéressante. Pour un premier séjour consacré aux monuments, aux souks et à la découverte de la vieille ville, un riad bien situé dans la médina est souvent un excellent choix.

Pour des vacances qui alternent visites, piscine et confort hôtelier, l’Hivernage mérite toute votre attention.

Pour se reposer, profiter d’un jardin et s’éloigner de l’agitation, les villas et maisons d’hôtes des environs offrent de belles possibilités, à condition d’assumer les déplacements.

Pour un séjour autonome, plus long ou plus urbain, Guéliz et ses appartements constituent une alternative intéressante.

Et si vous recherchez avant tout une ambiance, une rencontre ou un accueil particulier, alors ne vous arrêtez pas à la catégorie de l’établissement : intéressez-vous à ceux qui le font vivre.

📝 – Le dernier mot du Petit Marrakchi

Le meilleur hébergement de Marrakech n’est pas nécessairement le plus cher, le plus luxueux ou celui qui possède le plus de coussins autour de sa piscine. C’est celui qui correspond à votre manière de voyager.
Choisissez d’abord votre Marrakech. Vous trouverez ensuite beaucoup plus facilement où poser vos valises.

Et si vous vous trompez malgré tout, consolez-vous : vous aurez au moins une histoire à raconter en rentrant. Ce qui, reconnaissons-le, est toujours plus intéressant qu’une simple facture d’hôtel sans saveur ni anecdote !

Emmanuel

Guide Marrakech : des repères pour découvrir la ville, tranquille… Mimil !

Posté par Emmanuel le 4 octobre 2026 Ajouter 1 Commentaire

Marrakech mérite quelques explications avant le départ, quelques repères à l’arrivée et un brin de liberté une fois sur place. Ce guide vous accompagne dans les trois, sans avoir à pointer à chaque palmier, musée ou autre curiosité historique locale.

Étal d’épices dans les souks de Marrakech, avec ses couleurs vives et son ambiance traditionnelle.
Souk des épices, où couleurs et parfums racontent la médina.

Il faut bien garder à l’esprit qu’entre les monuments à découvrir, les ruelles à parcourir et les terrasses où s’attarder, on peut vite transformer quelques jours de vacances en tournée d’inspection. Ce serait dommage. Marrakech se visite, bien sûr, mais elle se comprend aussi, se goûte et se découvre parfois au détour d’une erreur de direction, erreur que, bien évidemment, madame se gargarise à vous rappeler à chaque ruelle imprévue, alors même qu’elle n’a rien d’autre à faire.

Le dossier Guide Marrakech du Petit Marrakchi rassemble de quoi préparer votre séjour, comprendre la ville et choisir vos découvertes. Avec une ambition simple : vous donner suffisamment de repères pour vous sentir à l’aise, tout en laissant à Marrakech une chance de vous surprendre.

🗺️ – Préparer son voyage : partir avec les bonnes réponses

Quand venir ? Où dormir ? Un riad à Marrakech comme le Riad Mumtaz ? Un hôtel, un appartement à Guéliz ? Une Villa sur la route de l’Ourika ? Un club dans la palmeraie ? Comment rejoindre son hébergement ? Que prévoir dans sa valise ? L’argent, le téléphone…
Avant même de discuter palais et couscous, quelques questions pratiques méritent une réponse.

Notre dossier préparer son voyage à Marrakech est déjà là pour ça. Vous y trouverez les premiers conseils utiles pour organiser votre arrivée, choisir un point de chute adapté à vos envies et anticiper les petits détails qui facilitent la vie sur place.

L’idée est de régler tranquillement ce qui peut l’être avant le départ, car une fois arrivé, vous aurez mieux à faire que chercher l’adresse de votre hébergement avec une batterie à 3 %, et madame derrière qui marmonne à chaque coin de ruelle « j’en étais sûre, je t’avais dit de le faire avant, c’est malin… »

💯 – Comprendre Marrakech : regarder au-delà du décor

uelle de la médina illuminée la nuit, avec ses lampes suspendues et l’ambiance des souks.

Une porte, une cour, une ruelle couverte, des ateliers regroupés autour d’un même métier : ce que l’on découvre en marchant raconte souvent quelque chose de la ville.
La médina n’est pas seulement un décor où prendre de jolies photos. Elle est surtout une conjonction de quartiers habités et façonnés par leur histoire et par les activités de leurs résidents, de leurs artisans, et d’un savoir faire envié par le monde entier.

Les souks, notamment, méritent mieux que leur réputation de labyrinthe à souvenirs. Leur histoire, leur organisation et leur maillage permettent de comprendre comment les métiers, les échanges et les circulations ont participé à la construction de cet ensemble. Il est difficile de transcrire le sentiment qui vous traverse lorsque vous entrez dans le souk aux épices du Mellah, ses senteurs orientales qui chatouillent vos narines, ses couleurs qui envahissent votre champ visuel… Personnellement, ça me laisse sans voix.

On peut très bien les parcourir au hasard. Mais savoir un peu ce que l’on regarde donne une autre profondeur à la promenade. Et si vous vous perdez malgré tout, vous aurez au moins une explication plus élégante que « Je te jure chérie, le téléphone disait à gauche ».

🧐 – Les visites essentielles : choisir sans tout empiler

Pour des séjours de trois ou quatre jours en moyenne, les envies dépassent facilement le temps disponible. La Koutoubia, le palais de la Bahia, la médina, les jardins… À peine la liste commencée, le programme déborde déjà de partout.

La bonne réflexion devient alors : Bon, il faut aller à l’essentiel et faire des choix. Qu’avez-vous vraiment envie de découvrir, et comment organiser ces visites pour en profiter ?

Ce guide n’a pas pour vocation de vous fournir une liste de parcours tout prêts à travers les souks, mais de vous aider à structurer un déplacement afin de l’optimiser, à réunir les lieux proches, à comprendre l’intérêt de chaque étape et à ménager des pauses. Une matinée bien pensée peut laisser une belle place à un déjeuner qui s’éternise ou à une découverte imprévue.
Vous pourrez y piocher une journée, quelques étapes ou simplement une idée. Aucun contrôle de présence n’est prévu à la sortie du palais 😁…

⏰ – Garder du temps pour ce qui n’était pas prévu

Assiettes et jarres remplies d’olives vertes, rouges et marinées dans un étal de souk traditionnel de Marrakech

On se souvient d’un monument. On se souvient aussi d’un thé partagé, (ou d’une Flag Spéciale), d’une conversation, d’une négociation avec un artisan surtout si on est fier d’avoir eu le prix qu’on voulait, ou d’une petite adresse trouvée parce qu’on avait faim précisément à cet endroit-là.
Ces moments ont besoin d’une chose que les programmes trop serrés leur accordent rarement : du temps.

Prévoyez donc quelques visites qui vous tiennent à cœur, puis laissez respirer le séjour. Accordez-vous le droit de rester, de changer de direction ou de remettre une étape au lendemain.

C’est aussi l’esprit de « Visite de Marrakech : arrêtez le cahier des charges ! », à retrouver dans Les Échos du Mumtaz. Une lecture utile si votre planning de vacances commence à ressembler à celui d’un ministre en déplacement.

🗝️ – À chacun son Marrakech

Vous aimez l’histoire, les jardins, la cuisine, les métiers d’art ou les longues promenades ? Entrez dans ce guide par ce qui vous attire.
Commencez par préparer votre voyage, poursuivez avec les sujets qui éveillent votre curiosité, puis composez votre séjour au fil des découvertes sans oublier d’y intégrer une donnée importante : ne vous formalisez pas si votre plan part en quenouille, c’est pareil pour tout le monde.

Le Petit Marrakchi vous donne les repères. Pour les souvenirs, on vous laisse les commandes. A vous de jouer !

Emmanuel

Palais de la Bahia à Marrakech : l’incroyable histoire du palais de Ba Ahmed

Posté par Emmanuel le 1 octobre 2026 Ajouter 1 Commentaire

Quand on entre dans le palais de la Bahia, on commence généralement par faire comme tout le monde : on regarde les zelliges, on lève le nez vers les plafonds, on photographie une porte, puis une autre porte, puis probablement quelqu’un qui photographie la porte qu’on voulait photographier, car oui, il n’y a pas de raison que je sois le seul.

C’est magnifique, certes, aucun doute là-dessus, mais si vous ne connaissez pas l’histoire du personnage qui se cache derrière tout ça, vous passez quand même à côté d’une bonne moitié de la visite, et surtout, de l’histoire !

La Bahia n’est pas simplement un beau palais marocain du XIXe siècle. C’est aussi le résultat de l’ascension d’une famille jusqu’au sommet du pouvoir, et surtout de l’ambition d’un homme, Ahmed ben Moussa, plus connu sous le nom de Ba Ahmed, qui devint l’un des personnages les plus puissants du Maroc.
Et comme souvent avec les hommes puissants, lorsque le pouvoir augmente, la maison a une légère tendance à s’agrandir avec.

Avant Ba Ahmed, il y avait Si Moussa

Cour en croix en zellige avec fontaine centrale, porte sculptée et jardins du Palais de la Bahia.
Cour en croix du Palais de la Bahia : zellige, fontaine et jardins en harmonie.

L’histoire commence avec son père, Si Moussa ben Ahmed, personnage important du Makhzen et grand vizir sous les sultans Mohammed IV, puis Hassan Ier.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, Si Moussa possède à Marrakech une importante demeure comprenant notamment ce que nous appelons aujourd’hui le Grand Riad, sa cour nord et différentes dépendances.
Des inscriptions permettent de dater l’achèvement de cette première partie vers 1866-1867.
À ce stade, nous ne sommes donc pas encore vraiment devant le gigantesque palais de la Bahia que nous connaissons aujourd’hui.
Mais c’était sans compter sur l’arrivée du fils, qui, lui, ne va pas exactement faire dans l’extension de véranda…

Ba Ahmed : quand la maison grandit avec le pouvoir

Ahmed ben Moussa, dit Ba Ahmed ou Ba Hmad, gravit progressivement les échelons du pouvoir marocain. Le tournant intervient en 1894, à la mort du sultan Hassan Ier. Son fils Moulay Abdelaziz lui succède…à l’âge de 14 ans. Ba Ahmed devient grand vizir et exerce dès lors une influence considérable sur les affaires du royaume.
Et c’est précisément à cette période que la demeure familiale de Marrakech commence sa spectaculaire transformation.
Plutôt que de construire un palais parfaitement symétrique à partir d’un grand terrain vide, Ba Ahmed procède autrement : il acquiert progressivement plusieurs maisons voisines, les réunit, les transforme, fait construire de nouvelles parties et relie le tout.

Une sorte de Monopoly grandeur nature, sauf qu’ici, lorsqu’on achète la maison d’à côté, on abat quelques murs et on appelle les meilleurs artisans du royaume. Entre 1894 et 1900, la demeure devient ainsi un immense ensemble de cours, jardins, salons, appartements, dépendances, passages et bâtiments annexes.
C’est aussi ce qui explique une particularité de la Bahia : son plan parfois déroutant.
Le palais n’a pas été pensé comme un seul bâtiment construit d’un coup. Il s’est développé progressivement, au gré des acquisitions et des besoins de son propriétaire. Si vous avez parfois l’impression de ne plus très bien savoir où vous êtes pendant la visite, rassurez-vous donc : ce n’est pas nécessairement votre sens de l’orientation qui est en cause.

Stuc sculpté et boiseries ciselées autour des arches du Palais de la Bahia à Marrakech.

Un palais pour montrer sa puissance

Ba Ahmed ne lésine évidemment pas sur la décoration; Zelliges, marbres, stucs sculptés, moucharabiehs, vitraux, bois de cèdre sculpté ou peint : les artisans marocains vont déployer à la Bahia une bonne partie de leur savoir-faire.

Cerise sur la corne de gazelle : les plafonds.

On marche naturellement les yeux au niveau des murs et des sols alors qu’une partie des merveilles de la Bahia se trouve précisément au-dessus de votre tête.
Le palais s’organise autour de plusieurs cours et jardins très différents les uns des autres. La plus spectaculaire reste probablement la Cour d’Honneur, immense espace à ciel ouvert d’environ 50 mètres sur 50, pavé de marbre et de zelliges et entouré d’une galerie.
À elle seule, elle couvre donc environ 2 500 m².
À côté, la plus grande salle du palais mesure environ 20 mètres sur 8.
Autrement dit, Ba Ahmed n’avait manifestement pas prévu de recevoir uniquement belle-maman pour le thé du dimanche.

Et cette fameuse « Bahia », qui était-elle ?

C’est ici qu’il faut se méfier des histoires répétées tellement souvent qu’elles finissent par devenir des vérités. Vous lirez un peu partout que Bahia aurait été l’épouse favorite de Ba Ahmed et que le palais aurait été baptisé en son honneur.
C’est possible, et même le guide officiel touristique de Marrakech présente cette explication comme vraisemblable.
Mais « vraisemblable » ne signifie pas « historiquement démontré ».

Le mot Bahia évoque en arabe quelque chose de beau, brillant ou magnifique, et l’histoire de l’épouse favorite fait désormais partie du récit attaché au palais. Retenons donc la jolie histoire, mais évitons de lui fabriquer un certificat de naissance historique que personne n’a retrouvé.

Oups, et les femmes derrière les murs…

Au-delà de la théorie sur l’épouse favorite de Ba Ahmed, il se murmure tout de même des histoires plus croustillantes, plus feutrées, des chuchotages de « Mismouma » ( chuchotements sur l’environnement féminin du vizir ).

Car derrière les zelliges, les plafonds peints et les portes sculptées, il y avait aussi un monde invisible, celui des femmes du vizir. Un univers dont on ne parle jamais dans les récits officiels, mais qui a pourtant façonné une partie de l’architecture du palais.

Ba Ahmed, comme beaucoup d’hommes de pouvoir de son époque, vivait entouré d’un harem important, composé d’épouses, de concubines, de favorites et de domestiques. Leur présence n’apparaît dans aucun document, aucun registre, aucune chronique du Makhzen, la vie intime des puissants ne se raconte pas, et encore moins celle des femmes qui vivaient dans l’ombre.

Pourtant, lorsque l’on traverse les appartements privés, les cours plus discrètes, les galeries qui semblent mener « quelque part mais on ne sait pas où », on devine que ces espaces n’ont pas été conçus uniquement pour recevoir des ambassadeurs ou des notables.

Certains salons étaient réservés, certaines cours étaient protégées, certains passages permettaient de circuler sans être vus. La Bahia n’est pas seulement un palais : c’est une maison pensée pour organiser des vies multiples, parfois concurrentes, souvent silencieuses.

Les guides n’en parlent pas. Les historiens restent prudents. Mais Marrakech, elle, n’a jamais vraiment oublié.
Dans la médina, on dit encore que Ba Ahmed avait « le goût des belles choses », et que ce goût ne s’arrêtait pas aux plafonds peints. On dit aussi que certaines pièces auraient été aménagées pour ses favorites, que des jardins auraient été conçus pour leurs promenades, et que le nom « Bahia » pourrait aussi évoquer une femme qui aurait compté plus que les autres.

Rien n’est prouvé, bien sûr. Mais dans un palais où tout est beauté, raffinement et mise en scène, il serait étonnant que l’histoire intime n’ait pas laissé, elle aussi, quelques traces, même discrètes, dans le marbre et le bois de cèdre. Et peut-être que c’est là, finalement, le charme de la Bahia : un palais où l’on admire ce que l’on voit, et où l’on imagine ce que l’on ne verra jamais.

1900 : le maître de la Bahia disparaît

Ba Ahmed meurt en 1900.
Et sa disparition marque brutalement la fin de cette extraordinaire période de construction qui n’aura finalement duré que quelques années. Le palais qu’il laisse derrière lui est pourtant devenu gigantesque : l’ensemble historique de la Bahia occupe environ 8 hectares, comprenant bâtiments, cours, jardins et dépendances.
Huit hectares en pleine médina, l’équivalent de 11 terrains de football.
À ce stade-là, on ne parle effectivement plus d’un riad avec un patio sympathique.

La Bahia change de maître

Zellige marocain, porte en bois sculpté et plafond peint du Palais de la Bahia à Marrakech.
Zellige, bois sculpté et plafond peint : l’artisanat somptueux du Palais de la Bahia.

L’histoire du palais ne s’arrête évidemment pas avec Ba Ahmed.
Lorsque le Protectorat français est instauré au Maroc en 1912, la Bahia retrouve même une fonction directement liée au pouvoir.

Une partie du palais est réaménagée pour accueillir la Résidence générale française à Marrakech. Dans le Petit Riad, notamment, sont installés les bureaux du maréchal Lyautey.

Les lieux construits quelques décennies auparavant pour l’un des hommes les plus puissants du Makhzen deviennent donc à nouveau des espaces de gouvernement, mais sous un régime complètement différent.
Le palais sera ensuite protégé au titre du patrimoine historique marocain et traversera le XXe siècle jusqu’à devenir l’un des monuments les plus visités de Marrakech.

Visiter la Bahia autrement

Aujourd’hui, on vient évidemment à la Bahia pour son architecture, mais maintenant que vous connaissez son histoire, essayez de la visiter autrement. Vous pourrez même faire le malin au milieu des autres visiteurs…
Ne cherchez pas uniquement « la plus belle salle ». Regardez comment les cours s’enchaînent. Observez les changements de dimensions, les passages, les jardins, les appartements ajoutés les uns aux autres.

Le côté labyrinthique du palais devient alors beaucoup plus intéressant : vous ne traversez pas simplement un monument, vous traversez plusieurs décennies d’agrandissements successifs.
Et surtout, levez la tête.
Oui, je sais, je l’ai déjà dit.
Mais quand vous verrez les plafonds, vous comprendrez pourquoi je me répète.

Et si vous avez choisi de séjourner dans un riad à Marrakech, profitez-en : la Bahia fait partie de ces monuments de la médina que l’on peut facilement intégrer à une journée de balade à pied.

Le pense-bête du Petit Marrakchi

La superficie totale du palais

Surface de la cour d’honneur

Début de la construction qui se terminera en 1900

Nombre de grandes cours, 4 mondes, 4 atmosphères, 4 manières de comprendre le pouvoir

Durée de la transformation du Grand Riad en Palais par Ba Ahmed

La plus grande salle de réception

Pour visiter le palais de la Bahia :

Le palais est situé au sud de la médina, à proximité du Mellah, de Dar Si Saïd et surtout au bout de la bouillonnante Rue Riad Zitoun Jdid qui part de la place Djema el Fnaa, et à quelques minutes du palais El Badi.

Les horaires et tarifs pouvant évoluer, mieux vaut les vérifier directement auprès du Ministère marocain de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication avant votre visite.

Et comme il est souvent recommandé, n’arpentez pas la ville au pas de charge pour simplement cocher des cases. Si vous cherchez une autre façon de prendre votre temps, jetez un œil à ces conseils pour visiter Marrakech, et insérer le tout dans un programme « allégé » de vacances !
Dans la médina, les monuments ont attendu plus d’un siècle que vous arriviez. Ils peuvent probablement vous accorder une heure, malgré la forte affluence.

Emmanuel

À propos du Petit Marrakchi

Photo de l’auteur du Petit Marrakchi

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